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Ridha Habazi : « Nous ne pouvons pas abandonner le All Inclusive dans le balnéaire car nous perdrions jusqu’à 40% de parts de marché »

Ridha Habazi : « Nous ne pouvons pas abandonner le All Inclusive dans le balnéaire car nous perdrions jusqu’à 40% de parts de marché »

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Comme son père Frej Habazi issu de la première génération d’hôteliers en Tunisie à exercer au sein de la SHTT (Société hôtelière et touristique de Tunisie créée en 1959), Ridha Habazi est passionné par l’hôtellerie. Diplômé de l’Ecole supérieure de Commerce de Tunis, et de l’Ecole de Savignac France, il est passé par plusieurs établissements hôteliers en Tunisie depuis 1996 comme le Framissima Golf Beach, le Royal Thalassa, Nozha Beach et Vincci Taj Sultan / Vincci Lella Baya.

Depuis 2016, il occupe le poste de directeur général du Taj Sultan à Yasmine Hammamet actuellement sous le brand Golden Tulip. Avec une expérience de 25 ans, il connaît les rouages du secteur sur le bout des doigts et propose sa vision pour la relance du secteur.

 

Coup d’arrêt brutal :

« L’activité hôtelière est cruellement frappée par la crise sanitaire et il faudra du temps pour qu’elle puisse s’en remettre. Les voyageurs internationaux ne reviendront pas de sitôt en Tunisie. L’activité MICE se virtualise. Et quand elle reviendra, elle ne se fera pas avec la même cadence. Le tourisme n’échappera pas de ce fait à une grande récession cette année. L’année 2020 est perdue pour l’hôtellerie et la restauration. Et la reprise n’aura lieu qu’en 2021. Nous en sommes conscients et nous travaillons déjà sur un plan de relance. Notre priorité actuelle est d’assurer la pérennité de notre établissement tout en préservant la santé de nos employés et de nos clients.

Préparer le terrain à la relance :

Pour s’acheminer avec un esprit solidaire vers la relance, il y a des changements à entreprendre. Il faut que l’ONTT (Office national du tourisme tunisien) fasse évoluer son approche de travail en se rapprochant davantage des professionnels et en entretenant avec eux des rapports basés sur un rôle d’assistance et d’accompagnement et pas uniquement sur son rôle d’inspection. Que ses commissariats régionaux adaptent leurs activités aux besoins du secteur et interviennent encore plus dans la formation. Le but est de trouver de nouvelles idées aidant au développement du secteur.

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La FTH et ses antennes régionales sont de même invitées à se rapprocher beaucoup plus des hôteliers. La mobilisation est fondamentale afin de construire, d’imaginer et de mettre en place un plan de relance avec des solutions innovantes et surtout comprendre, pendant la prochaine période, l’évolution des marchés et le comportement de la clientèle. Dans cette optique, il sera important de créer une cellule de veille et de benchmark au niveau de l’ONTT et du ministère du Tourisme chargée de suivre les marchés émetteurs et nos principaux concurrents.

Nous devrons être à l’affût et tenter de dynamiser la diplomatie pour qu’elle mette en valeur le travail effectué au niveau sanitaire, notre capacité à maîtriser l’épidémie et s’activer pour véhiculer cette image positive et pour contribuer à relancer le secteur.

Je souligne par ailleurs que la charte sanitaire élaborée avec les acteurs du tourisme pourra servir d’excellent label pour restaurer la confiance des clients et des partenaires.

Puis, il s’agira de trouver le juste équilibre permettant de relancer l’activité mais sans pour autant exposer le pays aux risques sanitaires ou à une nouvelle vague de l’épidémie.

Repenser le tourisme : 

Le tourisme est désormais condamné à composer avec la nouvelle conjoncture. Au lieu de rassembler, nous serons contraints d’appliquer les règles de la distanciation sociale. Mais, à vrai dire, personne ne sait réellement comment se fera la relance. Il y a plusieurs scénarios et hypothèses.

Mais une chose reste sûre, nous passerons d’une dynamique de surbooking sur certaines périodes de l’année à un taux d’occupation nettement inférieur par rapport à la capacité d’occupation. Au niveau de notre hôtel, nous étions à un taux d’occupation annuel de 55%, nous pourrions nous retrouver cette année avec une moyenne d’occupation de 30%. Avec ce manque de visibilité, nous devrons aller doucement  vers un modèle plus prudent, moins conquérant, basé sur le développement responsable et des investissements réfléchis. Les investissements se feront en fonction du nombre de clients et pas le contraire.

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Plan d’action :

Afin de mieux préparer la reprise, le tourisme doit se doter d’un plan d’action qui aidera à avoir une vision à court, à moyen et à long-termes pour un secteur qui emploie 400.000 personnes en direct et autant en indirect.

Il faut de même réinventer la promotion de la destination à travers toute la chaîne incluant l’infrastructure d’accueil et le transport, particulièrement la compagnie aérienne nationale. J’ajoute que dans notre métier, l’union est indispensable pour faire face durablement à cette crise sans précédent. Il sera important par ailleurs de rassurer le consommateur pour qu’il revienne au plus vite.

Activer la ligne de crédit :

Afin d’entamer les préparatifs de la reprise, les professionnels auront besoin de fonds. De ce point de vue, il est nécessaire d’accélérer leur accès à la ligne de crédit garantie par l’Etat avec des taux bonifiés. Les banques devront également être au rendez-vous et se mobiliser pour aider le secteur. Nous sommes conscients que notre pays est dans une situation difficile.

Nous ne demandons pas une « année blanche fiscale ». Néanmoins, la ligne de crédit aidera quand même à la relance du secteur car les nouvelles normes sanitaires à appliquer auront un coût à payer afin d’installer les moyens de protection nécessaires.

Réorganiser les services :

Nous sommes face à deux défis. D’abord, réorganiser nos services pour accueillir les clients en appliquant les nouvelles normes sanitaires imposées par l’épidémie, tout en gardant cependant ce côté agréable et la passion de voyager et de se rendre dans un hôtel. Nous devrons être vigilants, suivre ce qui se passe chez nos concurrents et se conformer avec la demande de la clientèle. J’insiste que c’est une question de réorganisation des services et non pas de changement de concept.

All Inclusive :

Le « All Inclusive » est un concept parmi d’autres mais stratégique pour l’hôtellerie balnéaire. Avec les nouvelles normes sanitaires, nous sommes amenés à trouver une solution au « self service » tout en gardant les buffets. En fait, les clients n’auront pas un accès libre aux buffets comme avant la crise sanitaire, mais ils seront plutôt servis par les cuisiniers qui respecteront les exigences sanitaires convenues.

Nous miserons également sur le sens de responsabilité et de conscience chez le client. Entre service à la carte et buffets, je préfère personnellement le deuxième avec des Show Cooking que de servir des assiettes de l’intérieur. Cela est de nature à rassurer le client puisqu’il pourra voir si le cuisinier respecte les normes d’hygiène ou pas.

Nous ne pouvons pas abandonner le « All Inclusive » dans le tourisme balnéaire comme le prétendent certains. Ce concept répond à un besoin spécifique du marché. Il a été créé car il y avait de la concurrence. Si nous décidons d’abandonner ce concept, nous perdrons des parts importantes de marché pouvant atteindre 30 ou 40% dans certains cas.

Tour-opérateurs :

A l’international, quand les conditions de reprise seront réunies, les choses ne seront pas faciles. La concurrence sera rude. Nous pouvons même imaginer une guerre tarifaire sans précédent. De nouvelles destinations tireront certes leur épingle du jeu et émergeront. D’autres accuseront le coup. Il sera donc essentiel de savoir se positionner en fonction des nouvelles exigences et de réfléchir dès à présent sur les conditions de succès à moyen-terme et comment faire évoluer notre offre touristique.

A l’instar des compagnies aériennes, les T.O sont très fragilisés par la crise sanitaire. Certains d’entre eux ne supporteront pas l’impact de la crise, donc ils disparaîtront.  

Au niveau des marchés classiques et de l’Europe de l’Ouest, nous devrons attendre 2021. Cela se justifie d’abord par l’arrêt de l’activité aérienne. Les vols ne reviendront pas jusqu’au mois de septembre ou d’octobre. Et leur retour reste tributaire de l’évolution de la pandémie et des décisions prises par les autorités de notre pays et de celles des pays émetteurs. Même en cas de retour, le rythme sera au ralenti. Il y a cependant de l’espoir pour l’Europe de l’Est où les pays sont beaucoup moins touchés par l’épidémie.

A court-terme, il vaut mieux donc se concentrer sur les marchés local, maghrébin, du Moyen-Orient et de l’Europe de l’Est.

Marchés local et algérien :

Si nous saurons sauver une partie de la saison, cela sera grâce aux marchés local et algérien. Quant à ce dernier, il sera essentiel de réfléchir comment s’ouvrir sur ce pays en mettant en place un dispositif de contrôle sanitaire frontalier à la fois efficace et rapide qui nous assurera une certaine rigueur mais avec beaucoup de diplomatie afin d’empêcher toute sorte de problèmes ou de malaise.

Tourisme d’affaires :

Je dois préciser tout d’abord qu’excepté celui de Medina Mediterranea, nous disposons du plus grand centre de congrès à Hammamet. A priori, l’activité du MICE est reportée pour le deuxième semestre, soit à partir du mois de juillet selon mes contacts qui disent tous la même chose. Mais même au deuxième semestre, le business sera moins important par rapport à la période d’avant crise. Primo, il y a la question de la distanciation. Les capacités des salles seront en effet revues à la baisse de plus de 50% car pour une salle d’une capacité de 500 personnes, elle n’en accueillera que 150.

Secundo, selon les nouvelles normes sanitaires, il est exigé aussi des salles aérées. J’attire d’ailleurs l’attention des responsables que pour l’organisation des congrès, il y a des salles qui peuvent accueillir 80 individus tandis que d’autres en accueillent jusqu’à 500 ou plus. Nous ne pouvons donc pas être tous soumis aux mêmes conditions. Il serait plus raisonnable d’établir des normes en tenant en compte de la capacité de la salle de congrès et de l’hôtel ».

Propos recueillis par Kemel Chebbi

Lire aussi les autres intervenants au Think-Tank DestinationTunisie.info #Covid-19

Nadaa Ghozzi, directrice générale de l’agence de voyage Select Travel

Wissem Ben Ameur, directeur général de l’agence Liberta Voyages

Anis Suissi, directeur Commercial et Marketing dans l’hôtellerie à Hammamet

Nebil Sinaoui, propriétaire de Maison Didine, Signature Traiteur et Le Gourmet

Tarek Lassadi, directeur général de l’agence de voyage Traveltodo

Mourad El Kallal, hôtelier à Djerba et ancien tour-opérateur 

Jabeur Ben Attouch, président de la FTAV

Anis Sehili, directeur commercial central groupe El Mouradi

Karim Kamoun, agent de voyages, hôtelier, tour-opérateur

Dr Samy Allagui, consultant en services de santé

Mehdi Hachani, président de la Fédération tunisienne des guides agréés de tourisme

Thierry Breton, commissaire européen pour le marché intérieur

 

 

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