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Anis Suissi : «Il faut oublier le marché international cette saison, les T.O ne reviendront pas avant l’hiver»

Anis Suissi : «Il faut oublier le marché international cette saison, les T.O ne reviendront pas avant l’hiver»

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A Hammamet où il exerce depuis plusieurs années dans l’hôtellerie en qualité de directeur Commercial et Marketing, Anis Suissi n’en est malheureusement pas à sa première grosse crise du tourisme. Dans ce genre de situation, le détenteur de ce poste se retrouve toujours en première ligne de front, tiraillé entre son obligation de devoir remplir les chambres qu’il a sous sa responsabilité et la logique implacable du marché qui l’en empêche. Une position sensible mais qui lui offre la latitude d’analyser les choses sous un angle parfaitement réaliste.

 

La crise du coronavirus :

« De toute évidence, le tourisme compte parmi les secteurs les plus affectés et la situation est effroyable au vrai sens du terme. Le malheur, c’est qu’il s’agit d’une nouvelle expérience. Personne n’a ni le savoir ni le vécu nécessaire pour prédire comment les choses se passeront après 3 ou 4 mois. Après chaque crise, il y a certes un redémarrage. Mais les maintes crises que le secteur a traversé, comme celles liées au terrorisme ou à la révolution, étaient très différentes. A chaque fois, le client et les marchés changeaient de comportement.

Durant la période marquée par le terrorisme il y a quelques années, certains marchés répondaient vite comme les Russes, les Algériens ou le marché local, d’autres pas de la même manière comme les marchés français et allemand. Après la révolution, les Français et les Allemands au contraire ont continué à se ruer sur la Tunisie. Le comportement du client changera incontestablement après le confinement. Nous sommes condamnés à improviser et à tirer les leçons qui vont nous servir pour l’avenir.

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Nouveau concept :

A mon avis, il y aura désormais un focus sur l’aspect sanitaire et hygiénique. La clientèle accordera plus d’attention à la manière avec laquelle agit l’hôtelier qui va l’héberger afin de le protéger du COVID-19. Pour cette raison, nous avons pensé dans l’hôtel au sein duquel j’exerce actuellement à apporter plusieurs modifications au niveau de notre concept en passant par exemple du « All-in » au « All-in à la carte ». Autrement dit, le client n’aura pas accès au buffet mais plutôt à des menus fixes au choix, lesquels seront à usage unique.

Le client aura en outre une table fixe et un parasol fixe tout au long de son séjour. Un nouveau process d’hygiène des chambres sera de même appliqué. Nous réfléchissons à monter un nouveau concept hôtelier pour regagner la confiance du client. Il ne s’agit pas d’un simple protocole sanitaire mais plutôt tout un nouveau concept hôtelier où le client sera guidé dans le luxe.

A mon à avis, nous allons tous cibler cette année le marché local, lequel n’a cependant pas la capacité de satisfaire tous les besoins. Un autre paramètre à prendre en considération, celui du Tunisien qui sortira de cette crise les poches vides. Par conséquent, il n’y aura pas de fortes demandes.

Quant au marché algérien, il dépendra de l’évolution de la pandémie et des choix des autorités. Il faudra évidemment se distinguer pour avoir une part de marché. Pour cela, la situation sera très compliquée.

Nous veillons pour le moment sur la formation de nos équipes sur les standards de l’hôtellerie dans le cadre de la formation continue. Et nous les préparons aussi à se former sur le nouveau protocole sanitaire.

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Reprise avec les tour-opérateurs :

Il faut oublier le marché international cette saison. Les tour-opérateurs ne reviendront pas avant l’hiver. Cibler le marché local et préparer la saison prochaine à partir du mois de septembre sont les seuls choix que nous avons actuellement.

Il se peut qu’il y ait une arrière saison à partir du mois d’octobre mais le redémarrage effectif aura lieu en avril 2021. Cette saison est déjà grillée. Toutefois, il faut continuer à travailler parce que les tour-opérateurs vont suivre les destinations pour évaluer les protocoles sanitaires mis en place et à quel point ils seront respectés. Nous pouvons aussi faire de cette période une opportunité pour travailler la qualité et mettre à niveau nos hôtels.

J’ajoute que la maîtrise de la pandémie est un bon point pour la destination. En dépit de quelques défaillances, elle a démontré  que nous possédons un système de santé efficient. Tout cela va aider à relancer le tourisme.

Cependant, l’ouverture des frontières est une décision purement politique. Le confinement a coûté beaucoup d’argent aux gouvernements. C’est donc difficile de perdre tout cela. En France à titre d’exemple, ils visent cette année le marché local.

Une autre barrière à ne pas négliger : les assurances sont-elles prêtes à assurer les voyageurs avec le risque de perdre beaucoup d’argent ou non ?

Bradage des prix :

Il y aura sûrement un risque de bradage des prix. Mais les hôteliers devront demeurer professionnels et ne pas tomber dans ce piège parce qu’un tel choix ne fera qu’empirer la situation pour tout le monde. Je préfère, personnellement, réaliser un taux d’occupation de 40 ou 50% avec des prix raisonnables que 100% avec des tarifs bas.

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Tourisme de masse mais de qualité :

Nous devons d’abord préciser que le tourisme de masse ne signifie en aucun cas un tourisme bas de gamme. Ce sont deux choses complètement différentes. Le tourisme de masse perdurera encore mais il pourrait subir certaines modifications au niveau de son concept. Cela pourrait être un tourisme de masse comme celui appliqué sur la Côte d’Azur, soit un tourisme qui mise sur le qualitatif et des services à la carte.

Retour du marché russe :

C’est un marché qui répond généralement vite. Il suffit de relancer notre tourisme pour que le marché russe suive. Nous devrons par contre profiter de la fermeture de certains marchés concurrents qui attirent beaucoup de Russes comme l’Egypte et la Turquie pour relancer ce marché.

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Le tourisme d’affaires :

Le tourisme d’affaires  sera la niche la plus affectée. Il suffit de voir les grandes entreprises qui s’acharnent pour développer des logiciels de webinaire accueillant jusqu’à 3000 personnes en même temps pour réaliser que ce type de tourisme tardera à revenir.

Grâce à ces logiciels, les conférenciers pourront former des groupes ou chacun pourra également diriger sa propre séance et son propre symposium. Tout cela laisse présager que le tourisme du MICE sera le dernier à revenir.

Il faut dire que les personnes impliquées dans ce genre de tourisme sont bien informées. Elles font partie par exemple du secteur de la santé car nous faisons souvent des événements sur tout ce qui est médical. Il s’agit donc de clients qui savent pertinemment la nature de cette pandémie du COVID-19.  Ils ne vont pas, à mon avis, prendre des risques jusqu’à la neutralisation du coronavirus.

Propos recueillis par Kemel Chebbi

Lire aussi les autres intervenants au Think-Tank DestinationTunisie.info #Covid-19

Ridha Habazi, directeur général de l’hôtel Golden Yasmine Taj Sultan

Nadaa Ghozzi, directrice générale de l’agence de voyage Select Travel

Wissem Ben Ameur, directeur général de l’agence Liberta Voyages

Nebil Sinaoui, propriétaire de Maison Didine, Signature Traiteur et Le Gourmet

Tarek Lassadi, directeur général de l’agence de voyage Traveltodo

Mourad El Kallal, hôtelier à Djerba et ancien tour-opérateur 

Jabeur Ben Attouch, président de la FTAV

Anis Sehili, directeur commercial central groupe El Mouradi

Karim Kamoun, agent de voyages, hôtelier, tour-opérateur

Dr Samy Allagui, consultant en services de santé

Mehdi Hachani, président de la Fédération tunisienne des guides agréés de tourisme

Thierry Breton, commissaire européen pour le marché intérieur

 

 

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