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Nebil Sinaoui : « encourager au contraire le All Inclusive car il permet un étalement du service des repas et des horaires »

Nebil Sinaoui : « encourager au contraire le All Inclusive car il permet un étalement du service des repas et des horaires »

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Sur le terrain du tourisme d’affaires et de luxe mais également sur celui de l’événementiel, Nebil Sinaoui n’en démord pas quand il s’agit de défendre l’excellence dans la qualité des prestations offertes aux clients. Si aujourd’hui il a tourné la page de l’hôtellerie classique, il se positionne néanmoins en tant qu’acteur diversifié dans plusieurs services touristiques et para-touristiques, sans pour autant quitter des yeux le déroulement des choses dans le secteur.

 

La crise actuelle, le pire des scénarios :

La crise actuelle du Covid-19 est tout simplement inimaginable. Une chose est sûre, c’est que le tourisme mondial va s’effondrer. Pour cette raison, il faut que l’on réfléchisse désormais à 180°. Il ne faut plus raisonner selon la même logique que nous avions jusqu’à présent.

Et la différence par rapport aux autres crises, c’est que celle-ci est mondiale. Pour la première fois aussi, c’est une crise où les arabes et les musulmans ne sont pas concernés. Elle ne peut donc pas être comparée à la Guerre du Golfe, au 11 Septembre ou à l’année noire 2015 en Tunisie.

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Des raisons d’espérer :

Cette crise a démontré que le travail n’est plus la finalité de la vie mais finalement la liberté de vivre. Je considère qu’en 2021, il y aura une reprise car la psychose va disparaître. A la première occasion où se présentera par exemple un weekend prolongé, les gens vont vouloir partir en voyage vers les pays qui rassurent, qui ont des vols et qui sont prêts sur le plan sanitaire (après l’ouverture des frontières bien-sûr). Et ce qui peut nous être favorable, c’est que notre bilan sanitaire est finalement « positif » si l’on se compare à d’autres pays.

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Pour bien négocier cette reprise et capitaliser sur notre image, il est nécessaire de savoir la gérer avec une mentalité différente, de mettre en avant ce qui a fait notre particularité en ces temps de crise, la solidarité qui s’est engagée, le robot et les drones qui ont été déployés dans la stratégie contre le virus… Sauf qu’il ne faudra pas prendre du retard et démarrer dès que possible.

Les nouvelles normes sanitaires :

A travers le nouveau protocole sanitaire que l’ONTT est en train de mettre en place, nous devons créer un « choc de confiance ». Nous devons créer une charte sur laquelle on devra communiquer. Cette charte devra cependant être évolutive, ouverte, flexible en fonction des besoins et des saisons.

En même temps, il ne faudra pas recréer une ambiance d’hôpital quand on entrera dans un hôtel ou un restaurant, il ne faudra pas abuser de blouses blanches par exemple. Il faut garder une dimension ludique dans l’application des normes. Par exemple, créer des objets avec une touche artistique : les protections en plexiglas pourront recevoir une touche artisanale, les masques de protection être de couleurs gaies…

En tout état de cause, c’est une occasion unique de redorer notre blason même avec le nombre restreint de clientèle que nous pourrions avoir au cours de la prochaine période. Ce sera une occasion d’améliorer nos prestations, de commettre zéro erreur, de leur faire sentir qu’il y a une nouvelle Tunisie. Des pays comme la Grèce et le Portugal ont déjà mis en évidence leur protocole sanitaire et s’en vantent.

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Impliquer toute la chaîne touristique :

Les mesures sanitaires à mettre en place devront concerner toute la chaîne touristique, dès l’aéroport, en passant par les taxis, mais aussi l’environnement, les services, l’animation… Ce sont les points que l’on nous reproche souvent.

L’un des points forts de notre charte est de penser dès à présent à la question de l’arrivée des touristes sur le sol tunisien. Va-t-on leur faire un test sanguin ou bien leur demander une attestation datant de moins de 48h leur évitant d’être placés en quatorzaine ? Qu’en est-il des tests rapides, allons-nous les mettre en place ?

Sur un autre plan, les municipalités doivent aussi faire leur travail de propreté, cette mission est liée au tourisme.

Solidarité interprofessionnelle :

Partant du fait que les hôtels seront appelés à limiter leur taux d’occupation à 50% pour garantir cette distanciation physique tant recommandée, les hôteliers sont appelés à être solidaires entre eux. Ceux qui auront du « surbooking » par rapport aux 50% exigés, il faudra qu’ils transfèrent ce surplus de clientèle aux hôtels qui n’auraient pas réussi à atteindre ce taux d’occupation.

La même chose pour le personnel qualifié qui pourra être réparti sur plusieurs hôtels et pourra travailler même si les occupations de chambres sont réduites. Je suis convaincu que cet été, ce même personnel qualifié sera embauché, que ce soit dans les hôtels ou dans les restaurants qui sont demandeurs.

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A mon avis, nous devons au contraire encourager le All Inclusive car il permet un étalement des repas et les horaires de services. Cela améliorera du même coup la prestation offerte au client dans son ensemble. La formule ne va pas disparaître et quand elle est gérée comme il se doit, elle rapporte. Dans de nombreux pays, il n’est pas rare que le All In soit proposé même dans des hôtels balnéaires 5 étoiles.

Chiffres et analyses :

Si l’on se base sur les réalisations de nos marchés émetteurs en 2019 par rapport aux 9,4 millions de touristes annoncés, 70% de ce volume comprend les TRE, les Algériens et le marché local, ce sont des acquis qui resteront.

Si l’on décortique le marché européen, qui a totalisé 2,8 millions d’entrées, on constate également qu’il est constitué à près de 70% de Français, Russes et Allemands. Par conséquent, si j’étais décideur, je me focaliserai sur ces 3 marchés en concentrant tous les budgets disponibles sur des opérations haut de gamme, ciblées, comme par exemple commander des reportages sur de grandes chaînes TV.

Il est donc nécessaire de préparer des actions à mettre en place rapidement pour qu’elles rapportent en 2021, donc que l’on ne raisonne pas à court-terme.

Sauver ce qui peut être sauvé en 2020 :

Penser à 2021 n’exclut pas l’immédiat pour permettre aux entreprises touristiques de se maintenir à flot dans ces circonstances exceptionnelles. Je pense que pour le restant de l’année 2020, il y a deux parties à prendre en considération.

La première concerne les mois de juillet et août qui pourraient être limités à la clientèle algérienne, libyenne, les TRE et sans européens.

La seconde partie porte sur l’arrière-saison, c’est-à-dire à compter de septembre. Si l’on se prépare sur de bonnes bases, que l’on définit une stratégie de communication pertinente, on pourra éviter la catastrophe. Pour cela, je suggère de concentrer les efforts sur deux régions principales qui pourraient répondre (dans le sens commercial du terme), autrement dit Djerba et surtout Tozeur pour qui ce sera la haute saison et donc l’occasion ou jamais d’en faire la promotion, surtout avec ses produits comme les maisons d’hôtes ou l’Anantara.

Je fais un parallèle par rapport au Maroc avec qui on aime bien se comparer. Je rappelle que sur les 13 millions de touristes annoncés dans ce pays, 50%  sont des Marocains vivant à l’étranger. Par ailleurs, 57% des nuitées hôtelières sont concentrées sur les villes d’Agadir et de Marrakech. Et actuellement, le pays a enclenché son lobbying puisque déjà, on parle de ses réalisations sur les chaînes françaises (usines de visières, production de masques…).

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Marché français

Le congrès annuel du réseau français Selectour (3000 à 4000 nuitées sur 5 jours), prévu au mois de décembre au Maroc serait en stand-by. Peut-être que ce serait une occasion pour nous de nous positionner grâce à cette nouvelle image que je préconise…

Il y a 10 millions de Français qui voyagent à l’étranger chaque année. Je ne suis pas sûr que la Grèce et l’Espagne les accepteront cette année car la France reste aussi et malheureusement un pays fortement contaminé par le coronavirus.

Les sondages montrent actuellement que 25% des Français sont encore indécis pour voyager à l’étranger. La proximité et le rapport qualité/prix qui est le nôtre jouera aussi et comme d’habitude en notre faveur.

Le pouvoir d’achat des Français (et de manière générale de tous les touristes), ne pas va pas être affecté à mon avis parce que la période de confinement a également entraîné une limitation des dépenses des ménages. De plus en Europe, les Etats ont pris en charge (indirectement) les salaires étant donné que la priorité était au maintien des emplois et qu’ils ont perçu 100% de leurs salaires.

 

Lire aussi les autres intervenants au Think-Tank DestinationTunisie.info #Covid-19

Ridha Habazi, directeur général de l’hôtel Golden Yasmine Taj Sultan

Nadaa Ghozzi, directrice générale de l’agence de voyage Select Travel

Wissem Ben Ameur, directeur général de l’agence Liberta Voyages

Anis Suissi, directeur Commercial et Marketing dans l’hôtellerie à Hammamet

Nebil Sinaoui, propriétaire de Maison Didine, Signature Traiteur et Le Gourmet

Tarek Lassadi, directeur général de l’agence de voyage Traveltodo

Mourad El Kallal, hôtelier à Djerba et ancien tour-opérateur 

Jabeur Ben Attouch, président de la FTAV

Anis Sehili, directeur commercial central groupe El Mouradi

Karim Kamoun, agent de voyages, hôtelier, tour-opérateur

Dr Samy Allagui, consultant en services de santé

Mehdi Hachani, président de la Fédération tunisienne des guides agréés de tourisme

Thierry Breton, commissaire européen pour le marché intérieur

 

 

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