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Karim Kamoun : « on ne doit pas être ingrats avec les T.O dans la situation actuelle ».

Karim Kamoun : « on ne doit pas être ingrats avec les T.O dans la situation actuelle ».

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Il est à la fois directeur général des agences Voyages 2000 et Carthage Tours, mais également hôtelier à travers la société TSL, qui exploite 13 établissements, et aussi tour-opérateur en tant que fondateur et associé de Sun&Fun Pologne. Bien qu’impacté à tous les niveaux de la chaîne de valeur, Karim Kamoun n’en demeure pas moins un brin optimiste.

 

Situation actuelle : « toutes nos entreprises, qui emploient 150 personnes dans les deux agences de voyages et entre 700 et 800 salariés dans les hôtels, sont actuellement fermées avec les problèmes de salaires qui  vont se poser même si nous avons payé le mois de mars intégralement ».

Coronavirus : « il n’y aura pas de vaccin dans les 2 à 3 mois, c’est impossible mais peut-être d’ici la fin de l’année. La Tunisie, vu le nombre total de contaminations, se retrouve finalement dans une situation qui n’est pas dramatique et cela montre qu’on a bien géré et qu’on a pris les mesures qu’il faut. Les tour-opérateurs regardent de très près cette gestion de crise et actuellement, la Tunisie et la Grèce s’en sortent bien. Cette image va beaucoup nous aider pour la reprise, elle aura un impact positif ».

Les tour-opérateurs regardent de très près notre gestion de la crise sanitaire

Distanciation sociale : « on ne peut pas faire marche-arrière sur le modèle touristique qui est le nôtre et dire que l’on doit tout revoir. Les queues dans les hôtels ne sont pas propres à la Tunisie, c’est aussi le cas sur la Costa Brava en Espagne, en Turquie, en Grèce. Les gens sont actuellement en train de réserver des croisières pour 2021 bien que ce secteur soit très exposé à la concentration de touristes. La distanciation sanitaire va s’oublier avec le temps ».

Marché russe : « en tant que réceptif d’Anex Tour, je pense que dès que sera levée l’interdiction de voyager en Russie, mais aussi en Tunisie, il y aura des clients russes, c’est sûr. Le comportement du Russe est différent mais il y aura certainement des protocoles sanitaires qui seront mis en place. On ne va pas « libérer » les choses comme çà, il devra y avoir des assurances sanitaires pour les clients déjà avant de monter dans l’avion.

Nous avons des réservations déjà acquises et rien que pour mai, nous avions déjà 7000 à 8000 clients russes sur la Tunisie. Les T.O n’ont pas remboursé les réservations mais ont donné la possibilité de les modifier sans frais. Un client qui a payé le prix d’un séjour en mai pourra effectuer son voyage sans supplément même en haute saison (quand les tarifs sont différents) dans le même hôtel et valable jusqu’à fin octobre. Ceci pour sauvegarder nos clients. Cette procédure est différente de celle décidée dans d’autres pays qui porte sur un voucher utilisable sur 18 mois sur n’importe quelle destination ».

Décisions gouvernementales : « concernant les décisions qui ont été prises en faveur des entreprises, certaines sont bonnes, d’autres moins bonnes et d’autres encore nécessitent plus d’améliorations et surtout de pouvoir les mettre en application. Il faudra d’abord rouvrir les recettes des finances car nous avons beaucoup de TVA à restituer étant donné que nous avons effectué des investissements colossaux dans nos hôtels. Il faudrait donc raisonner pour le tourisme et ses spécificités, simplifier les procédures qui sont souvent très compliquées comme pour le chômage technique et qui menacent de faire échouer les mesures décidées».

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Relations avec les établissements financiers : « Pour le leasing et contrairement à ce qui a été annoncé, nous avons pu obtenir une nouvelle période de 6 mois de grâce moyennant bien-sûr des intérêts. Cependant, dans le tourisme, nous ne devons pas raisonner sur une période de 6 mois mais sur la saison car on ne pourra pas payer les échéances bancaires ou de leasing en basse saison après une année blanche. Nous n’avons pas eu d’avances sur l’early booking. Il faut raisonner sur la période 1er avril 2020-31 mars 2021 et donc décaler les échéances d’une année et non pas 6 mois.

Il faut raisonner sur la période 1er avril 2020-31 mars 2021

Un hôtel qui a fait un RBE négatif ne pourra pas payer ses crédits à moyen-terme. Il faut à ce propos distinguer les crédits à court-terme qui peuvent être décalés de 6 à 10 mois. Mais les crédits à moyen et long termes doivent être décalés d’une année. Et je pense par ailleurs aux hôteliers qui ont des dettes classées, comment cela va se passer pour eux ?

Concernant les intérêts résultant de ces décalages, l’Etat doit imposer un taux bas et demander aux banques de limiter leurs bénéfices car nos pertes de 2020 devront être amorties sur 4 ou 5 ans ».

Relations avec les T.O : « je suis de ceux qui estiment que perdre un tour-opérateur, c’est catastrophique. Ils sont eux aussi menacés de faillite actuellement. Il faut voir par exemple la TUI, ce mastodonte qui a été aidé par un prêt de 1,8 milliard d’euros.

Ils nous ont demandé, en tant que partenaires, de reconduire les mêmes prix et les mêmes conditions pour 2021 pour sauver les reports et les réservations déjà acquises. Tout le monde n’est pas d’accord mais ce sont des solutions pour maintenir les destinations. Il ne faut pas oublier avec quoi nous avons bâti des hôtels et fait des rénovations. Il ne faut pas être ingrat avec les T.O.

Pour l’actuelle saison, ils avaient déjà vendu 20 à 30% des capacités selon les marchés. On a perdu avril, mai et certainement juin, mais on en récupérera plus tard peut-être, cela dépendra de chaque pays ».

On a perdu avril, mai et certainement juin

T.O et low cost : « les clients des tour-opérateurs, pendant la dernière crise de mars, ont tous été rapatriés; ceux qui ont dû prolonger leur séjour dans les hôtels faute d’avions ont été pris en charge par leurs T.O, bien que cela leur a fait perdre beaucoup d’argent. Par contre, des clients partis avec des low cost par exemple ont connu bien des déboires et ont du payer souvent de nouveaux billets d’avion au prix fort.

Concernant l’open sky, les vols low cost existent dans de nombreux pays touristiques et c’est un complément à l’offre existante. Au contraire, ils offrent un pouvoir à l’hôtelier qui peut améliorer ses prix. En tant qu’agent de voyage, le client aura toujours besoin de transferts et d’excursions, je ne suis donc pas du tout contre l’open sky ».

Perspectives futures : « en 2020, nous allons perdre 40 à 50% de notre clientèle. L’année 2021 va être difficile à cause de la crise économique qui va découler de la pandémie mondiale, du chômage, de la reprise difficile des entreprises, des budgets MICE qui seront touchés. Mais on va reprendre notre rythme normal en 2022 ».

Propos recueillis par Hédi HAMDI

Lire aussi les autres intervenants au Think-Tank DestinationTunisie.info #Covid-19

Ridha Habazi, directeur général de l’hôtel Golden Yasmine Taj Sultan

Nadaa Ghozzi, directrice générale de l’agence de voyage Select Travel

Wissem Ben Ameur, directeur général de l’agence Liberta Voyages

Anis Suissi, directeur Commercial et Marketing dans l’hôtellerie à Hammamet

Nebil Sinaoui, propriétaire de Maison Didine, Signature Traiteur et Le Gourmet

Tarek Lassadi, directeur général de l’agence de voyage Traveltodo

Mourad El Kallal, hôtelier à Djerba et ancien tour-opérateur 

Jabeur Ben Attouch, président de la FTAV

Anis Sehili, directeur commercial central groupe El Mouradi

Dr Samy Allagui, consultant en services de santé

Mehdi Hachani, président de la Fédération tunisienne des guides agréés de tourisme

Thierry Breton, commissaire européen pour le marché intérieur

 

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