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Anis Sehili : « mettre en place des protocoles sanitaires avec des limites de capacités »

Anis Sehili : « mettre en place des protocoles sanitaires avec des limites de capacités »

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En charge de tout le département commercial de la première chaîne hôtelière en Tunisie mais également premier responsable de ses filiales tour-opérateurs en Europe, Anis Sehili a une vision certainement à large spectre sur le modèle qui prévaut dans le tourisme de masse en Tunisie qui se retrouve aujourd’hui menacé par les nouvelles attentes qui apparaîtront après la crise du coronavirus.

Constats actuels : « nous sommes dans le flou total, nous ne connaissons pas l’évolution de la situation sur nos marchés émetteurs. Le tourisme se fonde sur la découverte exotique, sur la disponibilité d’argent pour cette activité finalement non essentielle et sur du temps libre lequel est aujourd’hui consommé (pendant la période de confinement).

Les budgets vacances seront réduits et l’activité tourisme sera la dernière à reprendre. Autre problème, les gens vont utiliser de moins en moins l’avion et aller de moins en moins vers les espaces où il y a des rassemblements de personnes ».

Le coronavirus : « de la même manière que le coronavirus frappe les plus âgés, on peut également être assimilé à une destination contaminée depuis longtemps par ce virus avec notre parc hôtelier et roulant vieillissant qui était déjà « sous anti-inflammatoires » depuis les crises de 2011 et 2015. Notre tourisme a aussi tous les signes de cette maladie qui se manifeste par des maux de tête (parce que nous avons 0 recettes), de la toux (on continue de payer sans retour)… un tourisme affaibli, en manque de diversités, d’investissements.

Après les périodes de confinement que tout le monde aura vécu, il pourrait y avoir cependant un engouement pour la demande mais les attentes des clients seront différentes ».

Répercussions : « les coûts vont être modifiés, ils vont augmenter, il n’y aura plus d’économies d’échelle pour les hôtels mais aussi pour les compagnies aériennes. Les opérateurs vont devoir consolider, ils ne pourront plus mettre de charter de la même façon.

Nous allons nous retrouver face à un paysage très concurrentiel, pour une quantité de clients restreinte. La mise en place des normes sanitaires va coûter cher et nos faibles revenus ne vont pas couvrir ces nouveaux coûts, ce qui va nécessiter une restructuration généralisée.

Le mix-produit va avoir un impact sur les entreprises notamment le all-inclusive qui est basé sur le volume. Les conditions tarifaires habituelles vont subir des changements et une refonte du pricing est attendue, également celle des conditions d’annulation. Sans parler des avances early-booking.

De plus, on ne sait pas ce qu’il va advenir du dinar, s’il va monter ou descendre. Et d’ailleurs, depuis qu’il a été décidé de signer les contrats avec les T.O en devises, le dinar a gagné de la valeur et nous avons perdu au moins 10% sur les prix. Ne faudrait-il pas signer à taux fixe par exemple ? La Banque Centrale serait bien avisée de nous faire une étude globale sur les perspectives économiques ».

Les conditions de reprise : « en l’absence de vaccin, l’élément essentiel sera la confiance du client dans le voyage, bien que le tourisme soit un domaine qui a besoin de confiance à la base. Ensuite, les infrastructures doivent être sécurisantes. Il faudra rétablir donc cette confiance avec des mesures sanitaires très fermes mais notre modèle va à l’encontre de cette machine. Le volume de reprise va être très lent, il va prendre du temps et la confiance se fera d’abord avec les destinations de proximité, ce qui peut jouer en notre faveur puisqu’en définitive, la Tunisie n’est pas éloignée de l’Europe.

Il faudra mettre en place des protocoles sanitaires avec des limites de capacités pour éviter les rassemblements et préserver cette distanciation sociale. Sauf que les grands hôtels et les formules clubs où il y a beaucoup de gens ne permettront pas cela. Il va donc falloir optimiser nos structures hôtelières ».

Tendances futures : « les gens vont favoriser leurs vacances dans des hébergements de proximité, c’est-à-dire chez des proches, dans des résidences secondaires, en voiture ou dans de petits hébergements flottants, toujours en nombre limité. On va assister à une montée du tourisme local, du tourisme de plein-air dans des établissements avec accès individuels et non plus dans des hôtels fermés.

Conclusions : « nos infrastructures hôtelières sont trop grandes, nous ne sommes pas habitués à avoir 50 personnes par établissement. De plus, il va y avoir une concurrence nationale et internationale. Je pense que nous allons avoir une baisse de 70% en juillet et août et n’avoir que 5 à 10% d’étrangers.

Les marchés algériens et libyens qui ne sont pas packagés pourront venir mais les familles seront touchées, on aura probablement une tendance plus vers des jeunes venant en voitures.

Les prix ne seront plus un élément de compétitivité mais seront remplacés plutôt par les nouveaux protocoles de sécurité sanitaire qui seront exigés.

Je ne veux pas être pessimiste mais j’ai une vue sur plusieurs marchés et en 2021, je ne pense pas qu’il y aura une reprise, cela nécessitera du temps et il faudra contrôler nos capacités et ne plus s’appuyer sur le circuit de distribution habituel. Je pense plus à l’année 2022 qui devra offrir un tourisme de proximité sur un environnement nouveau.

C’est l’occasion pour nous de faire du tourisme culturel, d’aventure, de développer des niches qui pourraient nous sauver avec un autre type de clientèle.

Et au lieu d’éparpiller nos efforts, mettons le paquet sur la proximité, sur la clientèle qui se déplace en voiture ».

 

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