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Face au Covid-19, les opérateurs touristiques en Tunisie dans le flou total

Face au Covid-19, les opérateurs touristiques en Tunisie dans le flou total

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L’inquiétude est à son paroxysme dans les milieux du voyage, de l’hôtellerie et de l’événementiel en Tunisie. Ce sont les premiers secteurs à avoir été touchés de plein fouet par les conséquences du Covid-19. L’Etat, lui, reste flou sur la gestion des entrées d’étrangers.

L’urgence est sanitaire, mais elle est aussi économique et organisationnelle. En Tunisie, la crise du Covid-19 commence à peser très sérieusement sur les entreprises du voyage, de l’hôtellerie et des agences événementielles notamment. Elle donne lieu également à beaucoup d’interrogations.

Du côté des agences de voyages, on vous dira que l’on ne travaille plus qu’à gérer les annulations. Celles-ci ne concernent pas uniquement les déplacements à l’étranger mais aussi les groupes et événements locaux et, tout aussi grave, le tourisme local dans les hôtels pour les vacances scolaires qui constituent habituellement une période de forte activité. « En février, nous avons enregistré une baisse de 80% des réservations et mars est déjà à -90% par rapport à 2019 » nous déclare un directeur général d’agence spécialisée sur le marché local.

Voyages à l’étranger

Les agences billettistes, elles aussi, passent le plus clair de leur temps à tenter de négocier le remboursement des billets d’avion déjà émis mais qui ne pourront pas être utilisés. Les clients ont des exigences et les compagnies aériennes ont les leur également.

L’annulation des vols sur l’Italie et la réduction du trafic sur Marseille vont sans aucun doute impacter la situation de Tunisair et Tunisair Express (cette dernière opère sur Naples et Palerme), compagnies dont la santé est loin d’être reluisante. Idem pour la CTN qui se voit amputée de 50% de ses lignes régulières passagers avec la suspension de la desserte de Gênes.

L’arrêt de l’activité Omra va également peser lourd dans les comptes des agences spécialisées sur ce créneau. Tunisair et Nouvelair vont elles aussi enregistrer un manque à gagner énorme suite à la suppression de ces voyages vers les Lieux Saints.

L’hôtellerie touchée de plein fouet

Les hôtels broient également du noir. A Tunis notamment, les congrès, séminaires et autres événements sont annulés en cascade. Le taux d’occupation des chambres est à son plus bas historique. « Même au plus fort de la Révolution du 14 Janvier, nous étions pleins » nous raconte un directeur commercial d’un hôtel du centre ville. « Et pour la semaine prochaine, nous n’avons rien, pas la moindre conférence par exemple !».

Les agences événementielles subissent elles aussi de plein fouet le contre-coup de la situation. Leurs activités sont à l’arrêt presque total. « Notre personnel va être mis en congé sans solde fin avril si d’ici là, la machine reste grippée » explique de son côté un propriétaire d’agence.

L’hôtellerie balnéaire, pour sa part, s’inquiète de la tournure des choses. D’abord, les tour-opérateurs ont suspendu les actions d’early booking et les avances financières qui vont avec (et qui sont souvent attendues avec la plus grande impatience par les hôteliers). Les craintes portent aussi et surtout sur l’arrêt quasi-total des réservations pour l’été. « Si la courbe ne s’inverse pas d’ici fin mars, on craint le pire pour cet été car on ne pourra pas rattraper le temps perdu » explique un hôtelier à Sousse.

Urgence économique

Les agences de voyages et d’événementiels en Tunisie sont, dans leur plus grande majorité, des PME. De toute évidence, elles n’auront pas la capacité de survivre à une crise qui viendrait à perdurer. La menace de licenciements économiques commence à planer. On évoque même clairement désormais des faillites d’agences, notamment celles qui ne seront pas en mesure de rembourser leurs clients faute de trésorerie (et notamment celles qui opèrent dans la Omra).

Que dire sinon des agences de transport touristique qui gèrent un parc roulant et qui ont des échéances financières avec les banques et les compagnies de leasing. Celles-ci commencent à s’interroger sérieusement sur leur devenir, surtout que l’Etat n’a pour l’instant annoncé aucune mesure d’ordre économique. Des voix se sont déjà élevées pour demander au gouvernement de décréter un moratoire sur les échéances financières des agences de voyages. Les plus petites réclament même un report dans le paiement des échéances fiscales du mois de mars et même dans les déclarations CNSS d’avril « pour au moins garder du cash et pouvoir survivre et payer les salaires, les loyers et le quotidien de toute entreprise » suggère le patron d’une petite agence implantée à El Manar à Tunis.

Où est l’Etat ?

Mais face  à ces revendications, l’Etat est absent, de toute évidence absorbé par la situation sanitaire devenue sa priorité absolue. Plus encore, le flou au niveau de la gestion des touristes est total. « Ce sont les municipalités qui se mettent à décider de tout et de rien avec des ordres et des contre-ordres » raconte un hôtelier de la côte. « On nous demande de confiner pour 15 jours des clients qui ont réservé deux nuitées. Voyant débarquer des représentants du ministère de la Santé à l’hôtel, certains clients se sont enfuis de peur d’être pris en otage » raconte le même hôtelier.

La confusion est également totale pour les arrivées. Sur sa page officielle, et dans ses conseils aux voyageurs pour la Tunisie, le ministère des Affaires étrangères français déclare que « les voyageurs concernés qui n’ont pas effectué leurs 14 jours d’auto-isolement seront empêchés de quitter le territoire tunisien ». Information pour le moins surprenante puisque le gouvernement tunisien n’a rien affirmé dans ce sens.

Certains partis politiques appellent maintenant à fermer l’espace aérien tunisien. Et même dans les milieux hôteliers et aussi paradoxal que cela puisse paraître, on n’est pas contre cette idée en dépit de ses conséquences. Mais le cas de l’Italie donne à réfléchir et la décision du président Donald Trump de fermer l’espace aérien américain aux compagnies européennes démontre que désormais, il n’y a plus de demi-mesure face à l’épidémie.

Reste aussi à savoir ce qu’il va advenir des entreprises économiquement impactées. L’exemple de la France est édifiant. « Nous défendrons nos entreprises de toutes tailles » a déclaré hier le président français Emmanuel Macron dans un discours à la nation, annonçant un train de mesures économiques et sociales pour venir en aide aux hôtels, restaurants, agences de voyages… touchées par les conséquences du Covid-19.

Mais en Tunisie, on ne se fait pas d’illusions car l’expérience passée a démontré qu’au-delà des effets d’annonces politiques, le soutien aux entreprises touristiques était utopique. Pour preuve, elles attendent toujours le décret d’application d’aide au tourisme annoncé au lendemain des attentats de 2015.

Hédi HAMDI

 

 

 

 

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