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Tunisair en quête d’une place au soleil d’un marché libyen en pleine résurrection

Tunisair en quête d’une place au soleil d’un marché libyen en pleine résurrection

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La reprise des vols réguliers de Tunisair sur la Libye ouvre théoriquement de nouvelles perspectives pour la compagnie, pour le tourisme et aussi pour les acteurs économiques. Mais le voisin de l’Est a bien changé ces dernières années.

Après 7 ans d’absence sur le marché libyen, Tunisair a finalement repris ses vols sur Tripoli et Benghazi. Pour la petite histoire, la compagnie publique tunisienne fut la dernière parmi les compagnies aériennes étrangères à quitter le pays quand celui-ci bascula dans l’instabilité en 2014.

Le 17 mai 2021, elle a été le premier transporteur étranger à faire atterrir l’un de ses appareils sur le tarmac de l’aéroport de Tripoli-Mîtiga, suivie dans la foulée immédiate par Qatar Airways. Car le marché libyen suscite les convoitises commerciales des uns et des autres et une course à peine voilée s’est engagée pour réengager le business avec ce pays qui a retrouvé la sérénité politique nécessaire à sa stabilité.

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L’aéroport de Mîtiga est le deuxième aéroport de Tripoli. Il a été mis aux normes pour lui permettre d’assurer les vols internationaux. L’autre aéroport principal de la capitale libyenne, Tripoli International, n’est plus opérationnel au vu des dégâts subis pendant la guerre.

Au plus haut sommet de l’Etat

Les 22 et 23 mai courants, le chef du gouvernement Hichem Mechichi a effectué une visite dans la capitale libyenne au cours de laquelle il est venu confirmer tout l’intérêt qu’il porte à son voisin du Sud-Est. Et pour passer des paroles à l’acte, il a été décidé (parmi d’autres mesures) de lever toutes les restrictions de voyages pour les ressortissants des deux pays de part et d’autre de la frontière, à commencer par la suppression du confinement obligatoire en Tunisie pour tous les passagers en provenance du territoire libyen par voie aérienne à compter du lundi 24 mai.

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Dans la capitale libyenne, le chef du gouvernement tunisien a annoncé l’exemption des voyageurs en provenance de Libye du confinement obligatoire dans les hôtels, mesure sanitaire en vigueur pour limiter la propagation du Covid-19.

Au-delà de son aspect politique, cette mesure, venant du plus haut sommet de l’exécutif, est sans aucun doute une aubaine commerciale pour Tunisair qui ne cache pas son ambition de renouer avec ses années glorieuses du marché libyen. Son PDG, Khaled Chelly, a révélé qu’au-delà de Tripoli et Benghazi, la compagnie avait des visées également sur d’autres villes de la province, notamment Sebha, Misrata, Tobrouk et Labrak.

Mais pour Tunisair, il ne s’agit pas de se limiter au trafic de point à point, mais d’offrir aux passagers libyens des vols en continuation vers l’Europe et le Canada (et la Chine…). Car jusqu’à présent, les compagnies aériennes battant pavillon libyen sont encore persona non grata sur la totalité des aéroports occidentaux. Tunis-Carthage pourrait par conséquent devenir une plate-forme de transit de choix pour cette clientèle.

Quand les assurances faussent la compétition

Sauf que les choses ne seront pas aussi faciles qu’elles n’y paraissent car d’autres considérations sont entrées en jeu. Quand bien même la Libye n’est plus le théâtre de combats, les sociétés d’assurance internationales ne l’entendent pas de cette oreille et considèrent encore la destination comme étant « à risque ». Pour pouvoir desservir ce pays en bénéficiant de la couverture d’assurance nécessaire, les compagnies aériennes étrangères sont soumises à une taxe supplémentaire.

Pour Tunisair, elle est de 48 $US par passager comme le confirme Karim Guediche, DGA de Tunisair, ce qui représente pas moins de 20% du prix du billet d’avion. Plus encore, et à l’annonce du retour de Tunisair sur le marché, les compagnies libyennes qui desservent Tunis, voyant arriver ce concurrent réputé coriace, ont vite fait de réviser leurs prix à la baisse.

Le défi pour le transporteur public tunisien est donc de ne pas céder à cette politique commerciale de bradage qui pourrait être suicidaire au vu des forces qui ne sont pas équilibrées. Car les compagnies libyennes ne sont pas soumises à ce surcoût d’assurance, sans parler des facilités et des garanties de l’Etat dont elles disposent, notamment en matière de carburant.

Dans cette conjoncture, Tunisair va donc devoir lutter à armes inégales. Sur le court-terme, elle ne pourra pas assurer dans sa totalité le programme annoncé des 5 vols hebdomadaires (3 sur Tripoli et 2 sur Benghazi) faute de remplissage suffisant de ses appareils. Tout au moins, elle s’adaptera à la demande en mettant en place les capacités nécessaires quand les besoins se feront sentir.

Elle vient d’ailleurs de le confirmer à l’occasion du salon tuniso-libyen qui a ouvert ses portes aujourd’hui à Tripoli en assurant trois vols le même jour pour l’acheminement des hommes d’affaires tunisiens participant à l’événement.

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Pour permettre le déplacement des hommes d’affaires ainsi que de la délégation officielle à Tripoli, Tunisair a mis en place trois vols en une seule journée le 22 mai entre Tunis et Tripoli.

Quant à l’éventualité de pouvoir effectuer un vol combiné Tunis-Tripoli-Benghazi pour mieux rentabiliser ses vols, les autorités libyennes auraient totalement refusé cette option évoquant des raisons de sécurité. Une décision qui va à l’encontre de l’annonce faite par le directeur général de l’Aviation civile libyenne, Mustapha Ammar, qui a pourtant soutenu que les accords aériens bilatéraux entre les deux pays étaient des accords de 3e et 4e libertés sans limites de nombre de passagers transportés ni d’aéroports desservis.

Plus inquiétant encore, la ville de Benghazi aurait décrété une taxe d’entrée de 500 $US pour chaque étranger arrivant par voie aérienne, ce qui sera de nature à refroidir les ardeurs des hommes d’affaires tunisiens même les plus motivés.

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Cérémonie d’inauguration de l’agence Tunisair à Tripoli en présence notamment de Khaled Chelly, PDG de la compagnie (à gauche), Fehmi Ben Badr, représentant de Tunisair pour la Libye (à dr.) et Moez Belhassine, DG De l’ONTT (au centre sur la photo).

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La nouvelle agence Tunisair se situe au sein du complexe Tripoli Tower avenue Abou Al Ala Al Maari. Elle est gérée par le GSA Wahet Africa.

Quid de la clientèle touristique

Selon les chiffres officiels de l’ONTT, en 2019, la Tunisie a enregistré sur son territoire l’entrée de 1.956.000 Libyens. 506.000 d’entre-eux ont résidé dans des hôtels, soit 25% du total, générant 1.188.686 nuitées, soit une moyenne de séjour de 2 jours. Des chiffres considérés par le directeur général de l’ONTT comme très insuffisants. Moez Belhassine qui confirme par ailleurs que le dossier de réouverture d’une représentation du tourisme tunisien dans la capitale libyenne est actuellement à l’étude.

Mais sur le plan touristique également, le secteur des voyages au départ de la Libye ne serait plus ce qu’il était. Le pays passe en effet par une crise financière aiguë avec un déficit en trésorerie et une dévaluation de sa monnaie qui a grandement impacté le pouvoir d’achat des citoyens.

L’effondrement de la monnaie locale a en effet provoqué une hausse vertigineuse des prix, notamment des denrées alimentaires de base qui sont dans la majorité importées. Fehmi Ben Badr, représentant de Tunisair pour la Libye, confirme que la valeur du dinar libyen s’est littéralement effondrée. Désormais, le taux de change est de 4,46 LYD (dinars libyens) pour 1 $ alors qu’il était de 1,3 LYD il n’y a encore pas si longtemps. Tandis qu’un billet d’avion sur la Tunisie coûtait 280 LYD à l’époque, le tarif le moins cher est actuellement de 683 LYD eu égard à tous les nouveaux paramètres entrés en jeu.

La nostalgie de la Libye de l’avant-révolution demeure malgré tout dans tous les esprits. La filière économique et touristique tunisienne aborde le marché comme l’eldorado. Sans se leurrer, de nombreux pays y ont déjà pris pieds pour soutenir ce pays en pleine résurrection, en tête desquels la Turquie. La concurrence sera rude mais la Tunisie dispose d’un avantage de taille, celui de la proximité géographique, doublée de l’historique qui lient les deux voisins.

Hédi HAMDI

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