Fil aérien

Syphax Airlines : comment elle est arrivée au Canada

Syphax Airlines : comment elle est arrivée au Canada

Mercredi 23 octobre 2013, 15H40 heure locale. Le commandant de bord Abdelhamid Triki pose tout en douceur son Airbus A.330 aux couleurs de Syphax Airlines sur la piste de l’aéroport Montréal-Trudeau, faisant entrer la dernière née des compagnies tunisiennes dans l’histoire du transport aérien national comme étant la première à  effectuer un vol commercial transatlantique sans escale. Parti 9h40 plus tôt de Tunis-Carthage, le vol FS 8330 comptait à  son bord 130 passagers dont des politiques et une importante délégation de journalistes venue immortaliser l’événement, invités par Mohamed Frikha, PDG de la compagnie, mais aussi des opérateurs touristiques et économiques ayant fait le déplacement individuellement ou sous l’égide du Cepex et de l’Utica pour soutenir l’initiative, outre l’ambassadeur du Canada en Tunisie, partie-prenante dans le montage de cette opération.

17 novembre, date clé

Le premier vol Tunis-Montréal était en réalité un vol spécial organisé pour coïncider avec le Salon du tourisme de Montréal et destiné à  préparer l’avenir proche, c’est-à -dire le démarrage d’une ligne régulière à  compter de début 2014. Mais jusqu’à  présent, l’autorisation officielle d’opérer n’a pas été obtenue. La compagnie va en effet devoir attendre le feu vert de la partie officielle canadienne. «â€˜Transport Canada’, autorité relevant de l’aviation civile, va dépêcher le 17 novembre une délégation à  Tunis pour auditer l’aéroport Tunis-Carthage ainsi que la compagnie aérienne pour s’enquérir de ses procédures qui nous permettront d’obtenir l’autorisation définitive de voler sur le Canada» souligne Férid Fetni, directeur de Syphax pour la France. Mais le transporteur privé tunisien ayant déjà  obtenu l’IOSA (lire), l’inspection des autorités canadiennes ne devrait être qu’une simple formalité pour lui. Plus dur sera cependant d’assurer la rentabilité de la ligne. Quand on sait que le seul coût du carburant pour un aller-retour Tunis-Montréal est de 130.000 dollars, on mesure effectivement le poids des charges financières qu’elle se devra de supporter. Dans un premier temps, la compagnie devrait opérer à  raison d’un vol par semaine, avant de passer à  deux fréquences dans une seconde étape. C’est en tout cas le vœu de Mohamed Frikha qui confirme l’arrivée d’un deuxième Airbus A.330 dans sa flotte début 2014.

Cible de clientèles

Trois catégories de passagers sont ciblées par la compagnie sur sa future ligne : la clientèle touristique d’une part, la diaspora tunisienne au Canada ensuite et les hommes d’affaires d’autre part. Dans le premier cas, Syphax Airlines mise sur un partenariat avec les tour-opérateurs canadiens programmant la Tunisie. Ceux-ci opèrent essentiellement avec deux compagnies aériennes actuellement, Royal Air Maroc et Air France, via Casa ou Paris. Mais la machine est de toute évidence grippée. Outre le problème des escales, les petits voyagistes déplorent par exemple de ne pas pouvoir obtenir de sièges directement avec la compagnie française qui ne traiterait qu’avec les grands voyagistes si l’on en croit certains témoignages. Les petits T.O se retrouveraient donc acculés à  solliciter des sièges auprès de leurs confrères de plus grosse taille. Pour le cas de la compagnie marocaine, outre ses mauvais temps de connections et ses ratés au niveau de ses correspondances, elle aurait posé comme condition aux T.O que leurs clients passent au Maroc autant de nuitées qu’en Tunisie. L’introduction d’un vol direct constituera donc pour les T.O –petits et grands- une manne du ciel avec pour résultat de sortir le marché touristique canadien vers la Tunisie de la torpeur dans laquelle il se trouve actuellement.

Des TRE exigeants

Pour ce qui concerne les Tunisiens résidents au Canada, de prime abord, l’annonce de la mise en place d’une ligne directe a été bien perçue. La diaspora, concentrée autour des trois grands pôles que sont Montréal, Ottawa et Toronto, semble enthousiaste par l’arrivée de Syphax Airlines mais émet certaines réserves. Selon plusieurs témoignages obtenus par Destination Tunisie à  Montréal, le facteur prix sera déterminant. Il serait en effet erroné de penser que les Tunisiens du Canada privilégieront systématiquement la compagnie tunisienne si elle n’offre pas de prix au moins équivalents à  ceux que pratiquent Air France, Lufthansa ou Royal Air Maroc. Autre facteur déterminant, la politique bagage que suivra Syphax Airlines. Jusqu’à  présent, la compagnie ne l’a pas encore dévoilée mais elle devra de toute évidence être plus souple et plus compétitive que celle des majors reconnues comme étant particulièrement restrictives. Last but not least, Syphax Airlines a besoin d’assoir une image forte auprès des TRE. Cette dernière est pleinement au fait des campagnes de dénigrement menées contre le transporteur et en est arrivée à  se poser des questions. «Nous avons besoin que la compagnie nous rassure sur la qualité de ses services et de la sécurité de ses vols» nous avoue un Tunisien résident au Canada depuis 27 ans rencontré à  l’aéroport de Montréal. En somme, la compagnie va devoir communiquer pour établir sa notoriété sur un marché qu’elle n’a certainement pas encore conquis. Quant à  la clientèle affaires, elle sera de toute évidence intimement liée au niveau des échanges commerciaux entre les deux pays. Ceux-ci sont pour l’instant très modestes mais la Chambre de commerce tuniso-canadienne, l’Utica et le Cepex comptent bien mettre également la main à  la pâte pour assurer au vol toutes les chances de succès.

Hédi HAMDI

 Cliquer ici pour les photos du vol vers le Canada

Lire aussi :

Syphax prépare un vol spécial direct Tunis-Montréal fin octobre

ARTICLES ASSOCIÉS

About the author

Relative Posts

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.