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Après la Ticad: quelle place pour Tunis sur le segment du tourisme d’affaires ?

Après la Ticad: quelle place pour Tunis sur le segment du tourisme d’affaires ?

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En marge de la Ticad qui s’est déroulée les 27 et 28 août à Tunis, les professionnels agissant dans l’écosystème du tourisme d’affaires se sont retrouvés autour d’une table à l’initiative de Destination Tunisie afin d’évaluer les retombées de cette manifestation internationale et trouver les moyens de capitaliser sur son succès pour consolider l’attractivité de la capitale en matière de tourisme d’affaires. 

Comment le grand-Tunis se positionne-t-il en tant que destination de tourisme d’affaires ? Question sujette à débat tant la capitale souffle le chaud et le froid sur ce segment depuis de nombreuses années.

Nombre et types d’hôtels

Tunis et sa banlieue (dite Les Côtes de Carthage) comptent un total de 8060 chambres pour un total de 16.119 lits actuellement en exploitation si l’on se réfère aux chiffres officiels de l’ONTT.

Tunis et sa région disposent de 21 hôtels de catégorie 5 étoiles, 17 de catégorie 4 étoiles, 19 de catégorie 3 étoiles, les autres étant des 2 et 1 étoile(s). A cela s’ajoutent 3 apparts-hôtels de luxe et 12 maisons d’hôtes agréées. A noter que la banlieue sud ne figure pas dans ce décompte.

Quant aux salles dans les hôtels capables d’accueillir les grands événements, celles de grande capacité se comptent sur les doigts d’une main : l’hôtel Regency possédant la tente la plus vaste avec 1200 personnes pouvant s’y installer, suivie d’une salle (en dur) au Laico Tunis (1000 personnes). Celle du Grand Hôtel peut accueillir 800 personnes et celle du Mövenpick Hôtel du Lac 700.

Réunis sous la houlette du site Destination Tunisie, les professionnels de la région, hôteliers, agents de voyages, professionnels de l’événementiel, ont débattu de la place de Tunis en matière de tourisme d’affaires dans le sillage de la Ticad 8 et de son bilan. Morceaux choisis des interventions et des réflexions.

journal-tourisme-tunisie-destinationAfif Kchouk, président de l’UNIH (Union nationale de l’industrie hôtelière) : « pas de véritable stratégie pour structurer cette niche »

Les congrès dans le monde sont classés selon des catégories. Un événement regroupant plus de 10.000 personnes nécessite une organisation d’au moins trois ans en avance, tandis que ceux enregistrant la participation de 1000 à 10.000 personnes nécessitent deux ans de préparation. En revanche, les congrès de moins de 1000 personnes demandent une période de préparation inférieure allant d’un an à un an et demi.

En Tunisie, il n’y a pas de véritable stratégie pour structurer cette niche. Aujourd’hui, il y a certaines initiatives pour améliorer l’offre mais nous constatons toujours l’absence de stratégie.

Par le passé, le problème avec les syndicats d’initiative mis en place était lié notamment à la mairie dont le manque d’appui empêchait l’avancement du MICE.

Actuellement, l’esprit du syndicat d’initiative est devenu désuet et cela a permis l’apparition de nouvelles structures qui s’appellent les DMO (Destination Management Organisation).

Nicolas Pezout, directeur général du Mövenpick Hôtel du Lac :

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« nous sommes capables d’organiser des événements intéressants »

L’organisation de la Ticad 8 nous a démontré que nous sommes capables d’organiser des événements intéressants. Toutefois, il est difficile de maintenir la qualité à cause de certains problèmes à l’instar de celui lié au manque de personnel ou la question de l’environnement.

Souvent, je ne trouve pas de personnel adapté. En effet, je forme en interne pour résoudre ce problème. Au niveau de la qualité, il faut travailler tous ensemble pour l’améliorer.

Ahmed Kamoun, directeur général du Corail Suites et représentant de la FTH (Fédération tunisienne de l’hôtellerie): « augmenter les prix pour mieux payer les gens »

Il faut dire qu’il y a eu une mobilisation importante des services de l’Etat pendant les deux semaines qui ont précédé la tenue de la Ticad 8.

Son rôle était plutôt d’accompagnement plus que le rôle classique d’inspection hôtelière. Tout le monde était mobilisé pour faire en sorte que les lacunes soient corrigées.

Je salue cette approche et j’espère qu’elle sera adoptée également lors du Sommet de la Francophonie à Djerba au mois de novembre.

Parmi les solutions que je propose dans le but d’améliorer la qualité, c’est d’augmenter les prix pour mieux payer les gens, améliorer les services et convaincre notamment les jeunes à venir vers l’hôtellerie parce que ces derniers ne considèrent plus l’hôtellerie comme un métier d’avenir.

Hédi Benzarti, directeur Maketing & Ventes de l’hôtel The Residence :

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« Nous sommes capables de vendre plus cher »

La Ticad est un exemple type d’un événement souhaité par tous les hôtels en termes de visibilité car il a permis aux hôtels d’ajuster les tarifs, voire de les doubler ou les tripler. Cela a démontré également que nous sommes capables de vendre plus cher.

Au niveau de notre hôtel, l’événement a eu un impact positif sur le revenu étant donné que la demande baisse un peu durant la dernière semaine du mois d’août. Pour cela, je rejoins l’idée d’augmenter les prix pour l’année prochaine.

Skander Mestiri, directeur général de l’hôtel Dar El Marsa: 

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« Le Grand Tunis a beaucoup d’atouts malgré les problèmes »

Nous sommes actuellement impliqués dans les préparatifs d’un DMO pour la région de Tunis. Nous croyons à ce projet car l’ensemble du secteur est concerné. L’intérêt de ce DMO est la création d’une destination avec une marque.

Le Grand Tunis a beaucoup d’atouts malgré les problèmes de saleté ou de l’aéroport de Tunis-Carthage. Cette destination n’a rien à voir avec la destination de Hammamet ou celle de Djerba ou du sud. Un produit complètement différent et pour lequel la Tunisie n’a pas été identifiée.

À l’étranger, ils parlent de l’effet du désert, de Djerba, des plages, etc. La destination Tunis n’a rien à envier à Lisbonne, à Rome, à Barcelone, etc.

En créant cette marque avec le DMO et en attirant une partie de la population internationale, celle-ci peut découvrir ce côté et que Tunis est à une heure de vol de Paris et la ville est compétitive en termes d’offres MICE.

C’est vrai que nous ne sommes pas disposés aujourd’hui à accueillir de gros événements de 10.000 ou de 15.000 personnes mais les séminaires de 500 à 600 personnes, nous en sommes capables.

Houssem Ben Azouz, président de FI2T (Fédération interprofessionnelle du tourisme):

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« une structure mixte qui regroupe tous les intervenants publics et privés »

Dans le but de faire de Tunis une destination MICE, il faut mettre en place une structure mixte qui regroupe tous les intervenants publics et privés. Les expériences comparatives ont démontré que seules les structures mixtes sont capables de fédérer et de rassembler tout le monde, tant les autorités de tutelle que les professionnels et les mairies qui devront être sensibilisées par rapport à cette question.

Cela permettra de créer une certaine symbiose entre eux, de collaborer ensemble et de faire avancer les différentes initiatives.

J’ajoute que le Grand Tunis dispose d’un énorme potentiel avec sa Médina, ses ports de plaisance, ses sites culturels, ses parcours de golf, etc.

Nebil Sinaoui, directeur général de Maison Dedine et de Signature (traiteur événementiel):

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« L’augmentation des prix devra être accompagnée par une amélioration de la qualité »

Le nombre de participants ne fait pas vraiment de la Ticad 8 un grand événement parce que nous avons organisé d’autres congrès plus importants à Tunis.

D’autant plus que l’augmentation des prix pour deux nuitées n’a pas de grandes retombées financières sur les établissements hôteliers.

En outre, l’augmentation des prix est supposée être accompagnée par une amélioration de la qualité des prestations.

Je souligne, par ailleurs, l’importance d’établir un terrain d’entente entre les différents intervenants.

Ahmed Mzah, directeur général de l’hôtel Barcelo Concorde les Berges du Lac:

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 » Un problème d’offres depuis 2011″

Le MICE s’est arrêté à mon avis en 2011. Depuis cette date, il n’y a pas eu de grands congrès. Cela est dû à un problème d’offres.

En fait, nous n’avons pas une offre globale qui permet aux opérateurs d’accueillir ce genre de congrès.

Béchir Ben Sassi, directeur général de l’ATCT (Aviation Training Center of Tunisia):

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 » Les tarifs deviennent plus chers et non concurrentiels « 

Nous offrons la formation des pilotes opérationnels dans des compagnies aériennes ou pour ceux qui veulent être qualifiés sur Airbus 320 et qui vont opérer dans des compagnies aériennes étrangères.

Nos clients comparent la destination Tunisie avec celles où il y a des simulateurs. Ma grille tarifaire est toujours inférieure aux centres étrangers pour être compétitif et pour amener des clients étrangers.

Toutefois, quand ils ajoutent les prix des hôtels, les tarifs deviennent plus chers et non concurrentiels, d’autant plus que les destinations concurrentes possèdent des infrastructures et des aéroports meilleurs que les nôtres et un transport plus organisé, etc.

Jean Marc Breton, directeur Air France pour la Tunisie : 

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« Inadmissible qu’un client arrive et passe entre une heure et demie et deux heures dans les files d’attente ».

Nous ne pouvons pas parler de destination d’affaires forte sans dessertes aériennes et aéroports d’accueil dignes. Or, l’aéroport de Tunis-Carthage ne répond pas à ce que nous aspirons pour nos clients.

Il y a beaucoup à faire par rapport à la principale porte d’entrée de la Tunisie. Depuis mon arrivée en Tunisie il y a 4 ans et malgré les réunions récurrentes avec l’OACA, nous avons beaucoup de mal à faire évoluer les choses.

C’est inadmissible qu’un client arrive et passe entre une heure et demie et deux heures dans les files d’attente. Le client est prêt à payer le juste prix mais par contre, il attend des prestations meilleures et un accueil convenable.

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Aymen Ammar: directeur général des agences Flyaway Travel & Events et Coccinelle Rent a Car:

Nous parlons souvent des hôteliers en oubliant souvent le rôle des agences de voyages et d’événementiel, de location de voitures, etc.

La question est : qui fait quoi ? Il faut définir le rôle d’un hôtelier, celui d’un agent de voyages ou d’événementiel. Y-a-t-il une certaine coordination entre ces parties ?

Depuis que j’ai commencé à travailler dans ce secteur, j’ai trouvé du mal à trouver un compromis avec les hôteliers. Je suis d’accord pour l’augmentation des tarifs, mais essayons d’abord de fixer un objectif commun, de travailler la main dans la main et de discuter ensemble.

Fahmi Houki, président-directeur général de l’hôtel et du port de Sidi Bou Saïd :

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« Nous avons tout mais en même temps, nous n’avons rien ».

 La Tunisie n’a pas encore été identifiée sur la carte des destinations d’affaires. Pour la Ticad 8, tout le monde était mobilisé pour faire réussir l’événement. À Tunis, nous avons tout mais en même temps, nous n’avons rien.

Quand nous parlons de tourisme d’affaires, ce sont des clients spécifiques qui paient pour avoir un service rapide et digne. Mais cela est difficile avec tous les problèmes de l’aéroport de Tunis-Carthage et du transport.

Ce dernier concerne également le manque de véhicules de 7 places en location ou chez les agences de voyages.

Férid Fetni, consultant en tourisme :

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« il faut travailler sur l’aspect marketing »

Il est nécessaire de mettre en évidence l’attractivité de la destination et ses atouts. Il y a quelques années, Tunis ne disposait pas suffisamment d’attractivités à offrir aux clients pour le soir. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, il y a pas mal de Lounges.

En revanche, il faut travailler sur l’aspect marketing et que le transport aérien soit au niveau.

Il s’agit de même d’attribuer certaines facilités aux professionnels pour accéder plus facilement à l’organisation  des congrès.

Tarek Lassadi, directeur général de Traveltodo:

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« 50% des clients reviennent avec leurs familles s’ils ont aimé la destination ».

Je tiens à préciser tout d’abord que les tarifs se gèrent d’une manière individuelle selon l’offre et la demande étant donné que nous sommes dans un marché libre.

Quant au tourisme d’affaires, il est très important parce que selon les statistiques, 50% des clients reviennent avec leurs familles s’ils ont aimé la destination.

Il faut donc constituer une force de proposition et mettre en place un think tank afin d’améliorer le secteur et résoudre les différents problèmes qui freinent l’évolution du tourisme d’affaires.

Chokri Ben Nessir, journaliste, directeur de la Rédaction du journal La Presse

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« Il faut une vision pour le tourisme d’affaires »

Quand nous parlons des tarifs, il ne faut pas être fiers de l’augmentation des prix pendant la dernière Ticad parce que si les hôteliers pouvaient appliquer le plein tarif en temps normal, cela serait déjà une performance. Mais augmenter le tarif dans ces circonstances, c’est saisir l’occasion.

Donc, nous ne pouvons pas faire de MICE avec cette logique-là. D’habitude, quand il y a de grands événements, le transporteur national accorde des réductions aux participants. Idem pour les hôtels.

Or, nous avons fait le contraire lors de la Ticad. Et cette solution facile d’augmentation des tarifs a eu un impact sur le nombre de participants parce que les Africains n’ont pas les moyens comme les Japonais pour payer les prix pratiqués.

Il faut également préciser que toute la chaine de logistique a augmenté. En effet, seules les délégations officielles japonaises ont pu participer.

Pour faire du tourisme d’affaires, il faut avoir une vision pour qu’il soit continuel et non pas ponctuel.

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