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Sociétés confisquées dans le tourisme : le DG d’Al Karama Holding dévoile les projets de 2018

Sociétés confisquées dans le tourisme : le DG d’Al Karama Holding dévoile les projets de 2018

Interview : Adel Grar, DG d’Al Karama Holding: «Goulette Shipping Cruise est un bijou… qui ne génère pas de revenus»

Quel sort pour les sociétés confisquées qui opèrent dans le secteur du tourisme ? Après sept ans, la question mérite d’être posée, surtout que sur la liste figurent des entreprises dotées d’un potentiel de développement très important, mais qui tardent encore à être revendues pour leur permettre de se repositionner sur le marché. Hôtel Le Palace à Gammarth, Goulette Shipping Cruise et Nouvelair, etc., font partie des entreprises concernées à différents degrés.

Pour avoir une réponse claire et officielle, Destination Tunisie a posé la question au DG d’Al Karama Holding qui gère les dossiers. Dans cet entretien exclusif, Adel Grar fait le point sur la situation de ces sociétés et précise quelles entreprises opérant dans le tourisme seront mises en vente en 2018.

Quelles sociétés confisquées opérant dans le secteur du tourisme sont-elles mises en vente ?

L’opération, actuellement en cours, est celle relative à la cession de la société STTG (Société touristique Tunisie Golf) qui gère l’hôtel Le Palace. Les délais sont achevés pour la pré-qualification, une étape au cours de laquelle les investisseurs manifestent leur intention de proposer une offre financière, de présenter des informations sur leur capacité financière et leur programme de développement de la société objet de l’appel d’offres.

La prochaine étape consiste donc à présélectionner les investisseurs. Je dois souligner là que l’acquéreur sera tenu d’acheter la société avec ses engagements, dont particulièrement celui de devenir une enseigne Hilton. L’hôtel avait déjà signé une convention avec le groupe hôtelier américain. C’est normal donc que Hilton s’immisce un peu dans l’affaire. De ce fait, la présélection des investisseurs sera faite avec les gestionnaires de l’enseigne américaine. Puis, nous procéderons à l’ouverture des plis et au choix du mieux-disant, financièrement parlant. Je précise, par ailleurs, que l’hôtel sera vendu avec le centre de thalasso (inachevé) [Le casino et les résidences dans le complexe immobilier ne sont pas concernées par la vente, ndlr]. Nous sommes donc dans la phase de pré-qualification et très bientôt, nous annoncerons sur notre site web qui sont les investisseurs préqualifiés. Nous estimons que l’opération sera achevée en 2018, puisqu’elle a été lancée en 2017. Elle a déjà pris beaucoup de temps.

Qu’en est-il de la société Goulette Shipping Cruise ?

Goulette Shipping Cruise (GSC) est un bijou au vrai sens du terme. Or, un diamant très cher ne nous permet pas de survivre car il ne génère pas de revenus mensuels sauf si nous le vendons. C’est vraiment le cas de la GSC. C’est une excellente porte sur la Méditerranée. Il s’agit d’une société qui a été bien conçue pour gérer trois quais et l’activité des croisières. Il y a toute une organisation mise en place, allant de la gestion des taxis et des véhicules VIP et du village touristique jusqu’à la sécurité qui va avec.

La GSC a fait d’énormes efforts pour améliorer la sécurité. Tous les groupes de croisiéristes qui débarquent aujourd’hui sont très bien sécurisés et bien escortés lors de leurs sorties. Il y a eu plusieurs audits qui sont venus de Grande-Bretagne et des Etats-Unis avant d’envoyer leurs bateaux de croisière. Nous sommes passés par toutes les épreuves de contrôles. Maintenant, nous attendons le retour du tourisme et que les croisiéristes réintègrent la Tunisie dans leurs programmes. Entre temps, la GSC est mise en vente. Nous avons choisi depuis fin décembre la banque d’affaires qui nous va nous accompagner. Nous avons achevé les travaux la semaine dernière. Toutefois, il faut compter au moins trois mois entre le choix de la banque d’affaires et la sortie de l’appel à manifestation d’intérêt.

Les investisseurs étrangers seront-ils concernés par cette opération ?

Notre rôle est de vendre au meilleur prix à des investisseurs qui sont autorisés par la loi. Or, il faut le dire, il y aura d’autres acteurs qui vont intervenir pour le choix. Quant à la composante « qualité de l’investisseur », l’avis d’Al Karama serait de, soit réserver ce projet à un consortium de plusieurs acteurs, soit le réserver à un spécialiste du métier. Et là, je dois préciser qu’un spécialiste du métier n’est pas un croisiériste, car un gestionnaire de port n’est pas une compagnie de transport. Il s’agit d’un simple avis, puisque la décision finale sera prise par le comité de partenaires composé, outre d’Al Karama Holding, de l’OMMP à qui revient la gestion des ports en Tunisie. Nous allons, en effet, définir ensemble les critères de l’acquéreur. À mon avis, il vaut mieux avoir une structure de capital assez équilibrée pour que nous puissions laisser cette porte ouverte sur la Tunisie et ouverte à tous les acteurs et non seulement à un seul acteur.

Pensez-vous que la vente de la GSC va permettre le retour des croisières ?

Elle va évidemment y contribuer. En tant que vendeur, nous souhaitons que la société soit vendue dans de bonnes conditions. Mais si les croisières tardent à revenir, l’opération continuera sans doute, en subissant la différence au niveau des commissions de vente. En tout cas, il y a un grand effort déployé de tous les côtés, comme celui du ministère du Transport, mais particulièrement celui du ministère du Tourisme. Il ne faut pas oublier, par ailleurs, les efforts d’Al Karama et de la GSC afin d’assurer les meilleures conditions de cession de la société.

Pensez-vous que l’opération de cession sera achevée en 2018 ?

Je suis très confiant. Nous comptons faire une opération de marketing spécifique pour cette société car elle ne va pas se vendre à tout le monde. Cela nécessite des acteurs très spécialisés. Or, le nombre d’acteurs dans le monde est très limité. Nous saurons, en tout cas, les approcher et les suivre pour pouvoir les intéresser de sorte que ce projet soit donné à quelqu’un qui saura le maintenir toujours ouvert sur toute la Méditerranée.

Quid de la compagnie aérienne Nouvelair dont une partie du capital est confisquée ?

Nouvelair n’est pas à l’ordre du jour car il s’agit d’une participation minoritaire. Nous ne nous comportons pas de la même façon quand nous sommes majoritaires, à 50/50 ou minoritaires. Quand j’ai 90 ou 100% de la société, je dis que je vends une société. Quand j’ai 50%, je vais dire, je vends la société avec le partenaire. Mais si je suis à 25%, je vais attendre les meilleures conditions pour la vente. Donc, la configuration change selon le niveau de la participation.

Dans l’hôtellerie, y-a-t-il d’autres hôtels sur la liste de cession ?

Au niveau d’Al Karama, nous n’en avons pas encore. Cependant, il y a des hôtels qui sont actuellement sous le contrôle de la Commission de gestion des biens confisqués, mais qui ne sont pas encore transmis à Al Karama.

Combien de sociétés, tous secteurs confondus, comptez-vous écouler en 2018 ?

Il faut préciser que nous contrôlons mieux l’ouverture d’un dossier que sa clôture. En février 2017, nous avons préparé une liste de 23 cessions. Aujourd’hui, nous en avons vendu trois avec une quatrième qui est en cours. Globalement, nous avons 19 opérations de cession, dans des phases différentes, qui sont ouvertes. Je ne dirais pas que les 19 seront clôturées en 2018, mais je dirais quand même une bonne partie. Pour celles qui seront mises en vente cette année, les dossiers ne vont pas être clôturés la même année. Par contre, le budget provenant des biens confisqués a été déjà annoncé dans la loi de finances 2018. Il tourne autour de 500 millions de dinars entre terrains et sociétés.

L’essentiel  pour nous est en fait le montant, car nous rencontrons souvent des difficultés d’exécution, comme les contraintes juridiques (procès), sociaux (conflits) ou avec des partenaires. Je cite également l’exemple d’une société surendettée. Là il faut négocier avec les banques avant de la céder. Tout cela retarde le processus d’exécution. A cela s’ajoute, par ailleurs, l’appétit du marché, car ce ne sont pas toutes les sociétés mises en vente qui pourront attirer énormément d’investisseurs. Dans plusieurs cas, certains investisseurs ont retiré le cahier des charges, mais après avoir analysé les choses, ils n’ont pas avancé d’offres. Donc, nous sommes contraints de relancer à plus tard ou avec de meilleures conditions pour ne pas brader, mais il faut le faire vite également.

Propos recueillis par Hédi HAMDI et Kèmel CHEBBI    

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