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Open Sky en Tunisie : faut-il l’engager coûte que coûte ?

Open Sky en Tunisie : faut-il l’engager coûte que coûte ?

Le débat sur l’ouverture du ciel tunisien aux compagnies aériennes étrangères est lancé. Tandis que l’on s’acheminait vers la libéralisation du trafic aérien sur la Tunisie à  la date fixée au 7 novembre 2011 par le régime déchu, les nouvelles autorités de transition, en place depuis le 14 janvier, ont cependant estimé nécessaire de reporter une nouvelle fois l’échéance à  2012, voire même à  2013 selon certaines hypothèses. En conséquence, c’est dans les milieux hôteliers tunisiens que la déception a été la plus grande. Les professionnels de ce secteur attendaient en effet avec impatience que l’Open Sky permette à  de nouvelles compagnies aériennes étrangères (notamment les low cost) d’atterrir en Tunisie et ramener dans leur sillage une nouvelle catégorie de clientèle individuelle avec de nouvelles attentes touristiques. Un scénario qui permettrait d’atténuer la main-mise des tour-opérateurs sur le marché touristique tunisien.

La décision de décaler l’Open Sky semble avoir été décidée dans les couloirs du ministère du Transport sans concertation avec les autres départements au seul prétexte de prémunir Tunisair de la concurrence en lui accordant de nouveaux délais pour sa mise à  niveau. Or, l’annonce de ce report ne semble pas être du goût des autorités touristiques. Habib Ammar, directeur général de l’ONTT, ne s’en cache pas. Lors d’une réunion interprofessionnelle à  Paris le 22 septembre, il a affirmé le soutien haut et fort de son département à  la libéralisation du ciel car, selon lui, « le volet aérien constitue le goulot d’étranglement du tourisme tunisien, lequel ne pourra pas se développer tant que la question du transport aérien n’aura pas été résolue ». Et le directeur général de l’ONTT de jeter un pavé dans la mare en déclarant que « la date du 7 novembre 2011 était une boutade car les négociations avec l’Union européenne n’avaient même pas été engagées ». Retour donc à  la case départ ? En tout état de cause, l’administration du Tourisme clame haut et fort son soutien à  l’avènement de l’Open Sky : « on va se battre pour l’ouverture du ciel au plus tôt » a promis Habib Ammar.

Les arguments de Tunisair

Du côté de la compagnie nationale Tunisair, on affirme « ne pas être contre l’Open Sky » mais on rappelle à  qui veut bien l’entendre que « la révolution du tourisme n’est pas dans l’Open Sky ». Une manière de signifier aux hôteliers que leurs problèmes de remplissage de chambres sur l’année ne sera pas pour autant résolu quand le ciel tunisien sera ouvert. Pour Ali Miaoui, représentant général de Tunisair pour la France, il est nécessaire de comparer les expériences des autres pays touristiques de la région. « Le Maroc a entamé l’Open Sky en 2006, il a certes enregistré plus de passagers mais moins de nuitées et moins de recettes ». Cela s’expliquerait en réalité par l’augmentation du nombre de Marocains résidents à  l’étranger rentrant désormais plus souvent dans leur pays grâce à  l’attractivité des tarifs aériens proposés par les transporteurs à  bas prix.

De même que l’avènement des low cost au Royaume chérifien a permis de développer d’autres formes d’hébergement que la Tunisie n’est pas actuellement en mesure d’offrir à  grande échelle. Le responsable de Tunisair estime par conséquent que l’ouverture du ciel apportera certes « plus de touristes mais pas forcément ceux que l’on cherche ». Cependant et pour Jalel Bouricha, président de la Fédération régionale de l’hôtellerie Djerba-Zarzis, « le plus important, c’est d’avoir plus de clients par avion qui ne viendront que s’il y a de nouvelles compagnies aériennes », et de s’exclamer : « nous n’avons pas de riads mais nous avons des lits d’hôtels à  remplir ! »

Et du côté du directeur général de l’ONTT, la priorité est dans l’augmentation des entrées et des recettes en devises. « On ne pourra pas développer le tourisme résidentiel sans l’Open Sky soutient-il mordicus ».

Comparaison n’est pas raison

L’expérience de deux autres pays touristiques mérite d’être évoquée. Celle de la Turquie et celle de l’Egypte, deux destinations qui ont enregistré une croissance exponentielle de leurs réalisations touristiques ces dernières années contre vents et marées et sans être réellement affectés par les différentes crises internationales. « Ces deux pays n’ont pas pour autant libéralisé leur ciel » tient à  rappeler Ali Miaoui, « ce qui ne les a pas empêché d’enregistrer des taux de croissance touristique très importants ». Cependant, la Turquie possède 83 compagnies aériennes charters tempère Jalel Bouricha, « ce qui a permis d’établir de véritables ponts aériens, notamment au départ de l’Allemagne vers les principales stations touristiques turques ». Quant à  l’Egypte, l’expérience a démontré que la politique de crise de ce pays consistait à  subventionner les compagnies aériennes charters programmant la destination en leur offrant des compensations financières pour les sièges invendus. « Ils ont des moyens que nous n’avons pas » déplore Jalel Bouricha qui tient à  dénoncer le monopole exercé par Tunisair.

Mais Ali Miaoui n’en démord pas et rappelle que les aéroports de Tozeur et de Tabarka sont en Open Sky depuis longtemps, mais qu’aucune compagnie aérienne low cost n’a été intéressée par leur desserte. « Ne pensez pas que Ryanair et easyJet vont venir sur ces aéroports, prévient-il ! Ils vont venir sur Tunis ou sur Djerba, c’est-à -dire là  où il n’y a pas de difficultés réelles de dessertes aériennes ! »

Le libre choix

Mehdi Allani, vice-président de l’hôtel Le Sultan à  Hammamet, suggère pour sa part de « laisser le choix au marché et au client ». « Nous sommes dans une économie libérale, rappelle-t-il, et le marché est suffisamment capable de réagir à  l’Open Sky », avant de souligner que le comportement du consommateur a changé et que celui-ci est aujourd’hui à  la recherche de plus d’indépendance pour le choix de ses vacances, une indépendance que lui procurent les technologies de la communication actuelles.

Sur un plan plus technique, Mourad Kallel, patron du tour-opérateur Gamma Travel, opérant au départ de la France, estime que le km/passager entre la France et la Tunisie est le plus cher du bassin méditerranéen et certainement plus cher qu’entre la France et le Maroc. Le voyagiste s’interroge aussi sur les taxes en vigueur et se demande pourquoi on fait payer une taxe de 48 euros pour un touriste qui se rend en Tunisie et seulement 15 euros pour le même touriste qui aurait choisi de partir en Grèce par exemple.

Selon certaines informations, le sujet de l’Open Sky pourrait être abordé lors d’un conseil des ministres très prochainement. Mais quelque soit l’issue de ce conseil, et à  un mois exactement des élections, les mesures éventuellement adoptées pourraient être assimilées à  un simple coup d’épée dans l’eau.

Hédi HAMDI

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