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A la TV, Mohamed Ali Toumi déballe tout et tire les choses au clair

A la TV, Mohamed Ali Toumi déballe tout et tire les choses au clair

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Le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Mohamed Ali Toumi, a accordé une interview par visioconférence à Myriam Belkadhi de la chaîne El Hiwar Ettounsi le 17 avril courant dans laquelle il a remis les pendules à l’heure concernant sa stratégie de gestion de la crise actuelle. Morceaux choisis.

 

A propos du FMI qui a déclaré que le tourisme tunisien allait perdre 1,4 milliard de $ en 2020 : « Il s’agit d’une lettre d’intention envoyée par le gouverneur de la Banque Centrale et du ministre des Finances dans le cadre d’une procédure habituelle basée sur les estimations économiques qui tablent sur une récession attendue de 4,3% cette année. Il s’agit en réalité du manque à gagner pour le tourisme tunisien qui se base sur les 9 derniers mois de l’année.

Je n’ai pas été consulté dans le calcul de ce chiffre mais celui-ci nécessite d’être précisé car si l’on regarde la tendance de l’année 2019 dans le tourisme, ainsi que les deux premiers mois de l’année qui ont enregistré une progression de 25%, de même qu’une partie du mois de mars qui était à + 4%, la moyenne de croissance enregistrée dans le secteur a été de 16%.

Mon souci est que ce chiffre est peut-être correct, mais il ne répercute par l’importance du secteur touristique parce que beaucoup de recettes ne sont pas prises en considération comme celles du tourisme intérieur ou celles provenant des marchés de proximité ».

Ce que l’Etat va faire pour éviter que les entreprises du secteur touristique ne coulent : « Il y a un total de 14 décrets qui ont été préparés, certains ont été publiés, d’autres vont l’être très bientôt. Pour le tourisme, il y a d’abord les 200 dinars pour ceux qui travaillent dans le secteur seuls, pour les salariés ou pour les patentés.

Il y a ensuite deux plateformes, l’une qui concerne l’artisanat et Helpentreprises qui touche toutes les activités : restaurants, agences de voyages, hôtels, etc. Il y a bien-sûr des critères qui doivent être remplis, sans oublier qu’il y a une période de traitement d’à peu près 14 jours.

Nous sommes en relations constantes avec les fédérations professionnelles du tourisme et l’UGTT pour résoudre les problématiques des salaires d’avril d’abord, et pourquoi pas aller jusqu’à ceux de mai et juin.

Car en réalité, si d’autres secteurs vont reprendre rapidement, les choses risquent de durer dans le tourisme, c’est très compliqué. Il y a un enchevêtrement dans les mesures qui ont été prises et j’essaye avec mes confrères des autres ministères de vulgariser les mesures au profit du secteur touristique ».

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En visioconférence, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat répondant aux questions de Myriam Belkadhi sur la chaîne El Hiwar Ettounsi.

Mesures économiques et fiscales : « Les autres décrets qui vont être publiés porteront sur des mesures fiscales et financières pour alléger la gravité du coronavirus sur les entreprises. Il y a deux types d’hôtels, les non-classés et les classés. Pour la première catégorie, avec le refinancement seulement, ils résoudront leurs problèmes.

Les hôtels classés ont, eux, besoin de la garantie de l’Etat. Et pour ne pas qu’il y ait consolidation de la dette, il leur faut un refinancement (qui se fait en général sur 6 mois mais cette fois, la durée risque de s’étendre). Notre approche technique est très importante mais n’oublions pas que la BCT est indépendante et que le TMM est à 6,75%.

En France, les autorités ont dit qu’elles préféraient un pays endetté que des sociétés en faillite. En Tunisie, il y a un juste milieu à trouver car il ne faut se retrouver dans un pays en ruine, nos moyens sont limités et c’est pour cela que la solidarité est importante ».

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Concernant certaines critiques pour l’absence de cellule de crise : « je suis en train de suivre de très près ce qui se dit et ce qui s’écrit et également tous les emails que je reçois. Je suis en échanges permanents avec les professionnels au quotidien et pas seulement avec les présidents des fédérations. Il n’y a pas un professionnel qui m’ait appelé et auquel je n’ai pas répondu de 6h00 à 2h00 du matin, ou que je n’ai pas rappelé. Sans parler de ceux que j’ai reçus officiellement. Il n’y a pas un représentant de fédération professionnelle que je n’ai pas reçu à mon bureau ».

Solidarité et contribution à la lutte sanitaire : « en tant que ministère, nous avons fourni à tous les hôteliers (qui vont mettre leurs établissements à la disposition du ministère de la Santé pour héberger les Tunisiens de retour de l’étranger placés en quatorzaine obligatoire, ndlr) les garanties d’usage. Nous avons établi une convention dans ce sens qui a été mise à la disposition des gouverneurs pour garantir le droit des parties.

Il faut dire que certains ont accepté de donner leurs hôtels, d’autres pas même si je sais que l’ouverture d’un hôtel fermé n’est pas simple ni sur le plan de la logistique.

Les agences de voyages ont contribué par la mise à disposition de leur parc roulant, les restaurants touristiques fournissent des repas à ceux qui sont en première ligne, les chefs de cuisine se sont également mobilisés et je leur ai apporté la matière première pour assurer la continuité… La demande de ressortissants venant de l’étranger est très importante.

Le contexte est exceptionnel et il appelle à la solidarité, tout le monde doit s’entraider et ce n’est pas un contexte propice pour que chacun se rejette la balle. Et celui qui a les moyens, c’est à lui qu’incombe la responsabilité d’aider celui qui n’en a pas.

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« Si d’autres secteurs vont reprendre rapidement, les choses risquent de durer dans le tourisme, c’est très compliqué ».

Penser à demain et la stratégie 2035 : « posons-nous la question de savoir pourquoi notre tourisme se retrouve dans cet état à chaque crise ? Il faut tout démolir dans le secteur et reprendre sur des bases solides. Quel tourisme voulons-nous à l’avenir ?

Je suis en train de suivre au quotidien ce qui se passe partout, je fais du benchmarking. Nous travaillons actuellement avec la direction du Produit (de l’ONTT, ndlr) sur des protocoles sanitaires.

Sur les prochains mois, nous allons devoir cohabiter avec le coronavirus et il faut que l’on prépare un produit touristique qui prenne en considération la situation sanitaire dans les hôtels, le transport, la distanciation, comment effectuer le check-in et le check-out, sur les transats à la plage, comment activer le tourisme local ?

A l’échelle régionale, comment préparer les marchés de proximité ? Pour les marchés européens, quels sont ceux qui sont les plus à même de s’adapter au contexte tunisien ? C’est ce qui permettra de ramener un peu de devises et faire bouger les choses.

Si nous en sommes arrivés à ce point aujourd’hui, c’est parce que nous n’avons rien capitalisé pendant les 20 dernières années.

Je dis à tous ceux qui travaillent dans le tourisme : ne désespérez pas, les réformes profondes qui devront être faites, ce sont elles qui permettront d’assurer la pérennisation, elle évitera que vous ayez des emplois précaires.

Si j’arrive à disposer du temps nécessaire, je mettrai en application cette stratégie pour laquelle je suis venu parce que c’est la solution pour le futur.

Aujourd’hui, on essaye de s’en sortir comme on peut, avec de la solidarité, on fera l’impossible, mais c’est la vraie réforme globale  en profondeur du secteur qui est nécessaire, il faut s’en sortir définitivement, objectif 2035, notre secteur sera épanoui, c’est possible car nous disposons des atouts ».

 

Traduction non-officielle de l’arabe par Destination Tunisie.

L’ordre des thèmes a légèrement été modifié dans cet article pour une lecture plus fluide (le fond du discours a, lui, été respecté)

 

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