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Mehdi Houas, ministre du Commerce et du Tourisme : « vous ne me verrez pas dans un projet touristique en Tunisie sur les 3 prochaines années».

Mehdi Houas, ministre du Commerce et du Tourisme : « vous ne me verrez pas dans un projet touristique en Tunisie sur les 3 prochaines années».

Interview sous forme de bilan avec Mehdi Houas, à  quelques semaines de la fin de son mandat à  la tête du département du Tourisme.

Où avez-vous passé vos vacances cet été ?

Je n’ai pas pris de vacances mais j’ai volé des week-ends à  droite à  gauche : Djerba, Hammamet, El Haouaria avec ma famille. 3 week-ends seulement et c’est un peu normal parce que je ne suis pas là  pour prendre des vacances, surtout en été avec la responsabilité tourisme et ramadan.

Incognito ?

C’est un luxe qui ne m’appartient plus et auquel je n’ai plus droit. Quand je veux faire des choses incognito, il y a après des histoires qui sortent, souvent fausses, mais ce n’est pas grave.

Les opérateurs du tourisme sont encore abasourdis par l’annonce de votre homologue au transport concernant le report de l’Open Sky. Quel est votre position par rapport à  la question ?

J’ai reçu les professionnels pour leur dire que je considérais que l’Open Sky devait constituer une priorité pour le tourisme et pour notre pays. Nous sommes donc en phase.

Le ministère du Tourisme n’a-t-il pas son mot à  dire dans cette affaire finalement ?

Bien-sûr qu’il a son mot à  dire, et le ministère du Commerce aussi. C’est lui qui porte les négociations finales sous la technicité du ministère de tutelle qui est le ministère du Transport. Nous avons un tourisme qui est en partie frontalier mais en grande partie qui nécessite un moyen de transport optimisé. La deuxième chose à  dire, c’est que notre tourisme doit évoluer pour couvrir une plage plus importante de temps dans l’année. Sans aérien à  des prix raisonnables, ce ne sera pas possible.

Certains estiment la dernière saison été comme ayant été mauvaise, voire catastrophique pour d’autres. Partagez-vous ce point de vue ?

Tout dépend du référentiel par rapport auquel on se positionne : si on se réfère à  l’absolu, -40%, c’est catastrophique. Si on se positionne par rapport à  un pays qui s’est transformé dans sa totalité, qui a réussi sa révolution en un temps record (pour moi, elle est réussie), je pense que c’est un bon investissement. En relatif, nous avons réussi à  sauver les meubles et avoir fait -40% avec les conditions dans lesquelles était partie la Tunisie, et compte-tenu de l’offre (il ne faut pas oublier que l’offre est réservée aux familles, très balnéaire, avec une réservation long-terme), le travail qui a été fait a réellement été un succès dans l’absolu.

Sur le plan administratif, vous avez procédé en septembre à  la nomination de nouveaux représentants de l’ONTT et de nouveaux adjoints à  l’étranger. Sur quels critères et les pistons ont-ils encore fonctionné ?

J’espère que non (rire). Première décision : je crois qu’il faut que l’on retrouve une ambition forte de nos représentations à  l’étranger. J’ai cru comprendre que par le passé, les nominations étaient le fait du prince et ceux que l’on nommait n’y allait pas forcément pour y assurer une mission mais réellement pour y toucher un salaire. Donc là , j’ai veillé à  ce que chacune de ces nominations me soient expliquées, j’ai regardé chacun des CV qui étaient proposés et nous avons fait cela de manière collégiale. La réponse aux pistons est clairement « non » et j’ai même personnellement deux ou trois avis complémentaires et quelques modifications à  la première mouture qui m’a été donnée. à‡a c’est pour vous rassurer sur le sujet. Après, est-on allé jusqu’à  réellement identifier des critères plus scientifiques pour les postes ? Pour le moment, ce n’est pas encore le cas mais c’est ce que je souhaite mettre en place et il faut changer aussi les mentalités. Beaucoup de gens considéraient et considèrent encore que partir en représentation à  l’étranger, c’est une récompense. Or, ce n’est pas une récompense, c’est une mission. La deuxième chose que je voudrais mettre en place assez rapidement, c’est que cette mission ait un objectif qui soit à  la fois qualitatif et quantitatif.

Mettrez-vous à  leur disposition les moyens nécessaires d’atteindre ces objectifs ?

Comme j’ai une culture de chef d’entreprise, effectivement, je n’ai jamais donné un objectif sans y associer un moyen. A partir du moment où ce ministère saura prendre un engagement avec la profession, s’engager sur un objectif et le réussir, chaque fois que l’on demandera des moyens, on nous fera confiance.

Jusqu’au 30 juin, vous avez piloté deux ministères (Commerce et Tourisme), avec un secrétaire d’Etat au Tourisme pour vous épauler. Depuis le 1er juillet, vous avez en charge les deux ministères à  vous tout seul. Comment faites-vous ?

Beaucoup de gens m’ont dit : pourquoi tu n’as pas pris un autre secrétaire d’Etat ? Il y a deux choses. Premièrement, le travail qui a été fait auparavant est un travail important, et une fois qu’il est fait, c’est peut-être plus facile de le continuer. La deuxième chose, c’est qu’à  un moment donné, il faut avoir des collaborateurs qui puissent monter dans le train assez rapidement et je n’ai pas trouvé nécessité totale de changer.

Le 23 octobre, votre mission gouvernementale devrait s’achever. Si vous deviez juger cette expérience ministérielle ?

L’expérience est extraordinaire à  titre personnel. Avoir la chance, l’honneur et la possibilité de venir aider son pays dans un moment aussi important de son Histoire, c’est exceptionnel. La seule chose que je puisse dire, c’est que j’espère que j’aurais été modestement à  la hauteur de l’attente que j’ai suscitée. Modestement, si je devais faire un bilan, je pense que le gouvernement dans sa globalité a réussi sa mission et sa responsabilité qui était double au lendemain de cette révolution. La première était de transporter le pays définitivement dans le camp des pays libres qui respectent le droit international et démocratiques. La deuxième était de faire en sorte que l’économie ne s’écroule pas. Cela aussi est une réussite, le pays n’a jamais manqué de rien et a encore continué à  tourner et a quand même accueilli 3 millions de touristes.

Si vous aviez un souvenir à  évoquer, le meilleur de votre mandat ministériel ?

J’en ai énormément. Si je devais en prendre un seul, ce serait peut-être le jour où l’on prête serment, c’est-à -dire que l’on est prêt d’abandonner tout ce qui est personnel et de ne penser qu’à  tout ce qui sert le pays et l’Etat.

Et le plus mauvais souvenir ?

Je les oublie moi les mauvais souvenirs, je n’ai pas de mémoire négative.

Et s’il fallait juger la nature des relations que vous avez eues avec les professionnels du tourisme ?

C’est un apprentissage. Aujourd’hui, ces relations sont équilibrées mais il a fallu à  un moment donné que chacun puisse prendre sa place, avoir son territoire et faire en sorte que le respect mutuel s’instaure. Ces relations sont –pas difficiles- mais antagonistes. Il est normal que la profession ait une vision différente de celle du ministère, ça n’empêche pas les deux de travailler main dans la main et les objectifs ne sont pas forcément les mêmes. Ce que j’attends d’une profession, c’est qu’elle puisse générer plus de richesses qu’elle n’en consomme et qu’elle puisse faire en sorte que le tourisme croisse en quantité et en qualité. Ce que je comprends que la profession attend de son ministère, c’est qu’il soit son soutien à  tous les niveaux (logistique, financier, culturel, sur la promotion…). La vraie difficulté dans ce dialogue, c’est de trouver les zones de transmission de relais.

Avec le personnel de votre ministère ?

Avec mon ministère, je dois avouer que –modestement- j’ai eu beaucoup de chance. 1 : j’ai été accepté et je n’ai jamais été refusé (je n’ai jamais eu droit au ‘dégage’). 2- Le contact a été assez rapidement bon. Et même les relations avec le syndicat à  l’intérieur du ministère sont aussi bonnes.

Et avec les médias ?

Avec les médias, c’est différent. Je pense que le premier ou les deux premiers mois, mon silence (il fallait que je travaille avant de parler) a laissé la place à  beaucoup de supputations, à  beaucoup de choses qui ont été fausses, qui m’ont un petit peu blessées au départ mais après, je me suis fait une carapace métaphysique. La seule chose que je demande aujourd’hui aux médias, c’est réellement de vérifier l’information avant de la donner et je leur dis et redis que ma porte est toujours ouverte et qu’ils peuvent venir me voir et m’appeler à  tout moment. Je ne les influencerai pas sur ce qu’ils ont à  dire, par contre, je ne les autoriserai pas à  dire des choses qui ne sont pas vraies sur ce que l’on fait.

Où allez-vous après le 23 octobre et qu’allez-vous faire ?

Prendre du recul. Je n’ai jamais été très loin de mon pays et je vais m’en rapprocher encore plus. Je vais essayer de continuer à  le servir et à  le défendre, certainement d’une façon différente. J’ai vécu quand même à  un rythme fou, il fallait quand même beaucoup travailler, ni week-end, ni vie de famille, à  un moment donné, notre mission va s’arrêter et on en fera un bilan.

On dit que le tourisme, c’est un virus. L’avez-vous attrapé ?

Je n’ai pas fait du tourisme, j’étais ministre du Tourisme. Aujourd’hui, j’ai des idées très claires sur ce qu’il faudrait faire que ce soit dans le domaine du commerce ou dans le domaine du tourisme et c’est peut-être le bilan que je ferai à  la fin du mois et je laisserai cette vision. Je pense que l’on peut faire quelque chose d’exceptionnel dans ce pays en matière de tourisme.

Vous verra-t-on après le 23 octobre à  la tête d’une entreprise touristique en tant que promoteur par exemple ?

Je vais vous répondre de manière complètement franche et directe : quand j’ai été nommé, on m’a demandé si j’avais un intérêt dans le commerce et le tourisme. Quand j’ai dit non, on m’a dit : c’est parfait, il n’y aura pas de souci. Je crois qu’il sera raisonnable pour moi, au moins sur les 2 ou 3 prochaines années, qu’il n’y ait aucun projet ni aucune participation dans ces deux domaines et c’est ce que je ferai. Par contre, il y a un tas d’autres domaines dans lesquels je suis compétent et pour lesquels je peux apporter une valeur ajoutée en Tunisie. Donc, non, vous ne me verrez pas dans un projet ni touristique, ni de commerce en Tunisie sur les 3 prochaines années et je pense que c’est plus sain pour tout le monde.

Propos recueillis par
Hédi HAMDI
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