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Voyage avec Amel Mathlouthi, chanteuse militante

Voyage avec Amel Mathlouthi, chanteuse militante

Amel Mathlouthi est un cas à  part de la scène artistique tunisienne: tôt, très tôt, elle adopte l’art comme raison de vivre. A l’âge où les enfants jouent à  la marelle, elle, s’intéresse au jeu du théâtre. A sept ans, elle organise de petits spectacles de quartier; à  dix, elle choisit la chanson comme expression. Départ ! Engagée dans sa vie comme dans sa musique, elle a pour idoles des chanteurs d’où qu’ils viennent, pourvu qu’ils soient dans le mouvement de la vie, à  proximité des aspirations du peuple; ses influences sont marquées par des voix militantes: Joan Baez ou Bob Dylan et surtout Cheikh Imam. Encouragée dès son départ dans la musique en France par le chanteur Charlélie Couture (avec qui elle enregistre le morceau « Je crois en toi »), ses qualités vocales remarquables, sa fougue et son style à  dominante folk, teinté d’airs orientaux ou tzigane ou encore celte… sa présence attachante sur scène, l’impose dans le paysage de la « chanson militante ». Elle sort son premier album « Peurs », titre qui renvoie à  l’état d’esprit qui a dominé les artistes tunisiens sous l’ancien régime. Mais Amel s’accroche, revendique, chante et joue de la guitare, crée et sort des disques, se produit sur beaucoup de scènes mondiales, avec l’inconscience de la jeunesse et la conscience de ceux qui ont pour mot d’ordre le « We shall overcome…one day » (Joan Baez). Des années plus tard, accumulant des succès partout dans le monde lors des tournées, elle a vu, vécu comme nous tous, que cette prédiction portée en écharpe « Nous vaincrons un jour », s’est réalisée un 14 janvier de l’an 2011. Heureuse ? Ecoutez ses réponses.

De quand date votre dernier voyage?
Le 19 janvier pour venir vivre les débuts de la Révolution en Tunisie. Evidemment, c’est dur d’être loin et de voir ce qu’on a combattu pendant des années se concrétiser sans qu’on puisse vraiment le réaliser. Je voulais absolument ressentir de l’intérieur tout ce qu’était en train de vivre notre cher pays. C’est ainsi que je me suis retrouvée à  l’avenue Habib Bourguiba que je visitais tous les jours pour m’imprégner des premiers airs de liberté et regarder les foules manifester.

Votre prestation sur l’avenue Habib Bourguiba a fait le tour des télés. Comment et dans quelles conditions cela s’est-elle déroulée ?
C’était le 22 janvier dernier, la veille de mon retour à  Paris. J’avais passé toute l’après midi au centre ville attendant le moment d’allumer les bougies pour les martyrs en face du théâtre municipal, et c’est là  que mon amie Leila Ben Debba, l’avocate militante, m’a pris par la main et m’a demandé de chanter « Kelmti Horra » (Ma parole est libre). Je suis heureuse que mon émotion ait réussi à  toucher les gens, heureuse que cette chanson prenne enfin la dimension qu’elle mérite ; honneur au parolier Amin El Ghozzi.

Quel est votre sentiment sur la Révolution tunisienne ?
Je n’y crois toujours pas, mais je le réalise tous les jours et je continue le combat, tout reste à  faire maintenant ! Tout reste à  chanter et à  écrire. La Révolution tunisienne m’apporte à  moi et à  tant d’autres de l’espoir, de l’optimisme que nous avions perdus autrefois, malgré le jeune âge. Nous commençons à  écrire l’Histoire, l’Histoire de la nouvelle Tunisie démocratique et libérée de ses chaînes ; la Tunisie de tout le monde. J’espère qu’on peut commencer à  parler du « rêve tunisien » :).

La Révolution du 14 janvier, révolution du Jasmin, un nom déjà  adopté, cela vous plaît-il ?
Pas du tout, surtout qu’il a été le nom de celle de Ben Ali en 1987, une appellation occidentale. Combien de temps allons-nous être des marionnettes entre les mains de l’Occident ? Avec cette Révolution, leur regard est en train de changer sur nous, nous qui n’étions pas prêts pour la démocratie disaient-ils… C’est la Révolution de la dignité, du feu ! Le triomphe du courage populaire ! Le jasmin est beau et représente bien notre Tunisie, mais une Révolution n’est pas touristique, une Révolution telle que la nôtre est dénigrée à  travers cette appellation.

Quel est le slogan qui vous a le plus frappé au cours de cette Révolution?
Le plus fort à  mon sens après Dà‰GAGE, c’est echa3b, yourid eskat el houkouma. (Le peuple veut faire tomber le gouvernement !) C’est celui qui m’a le plus ébranlé, c’est celui qui a fait sonner le glas!

Quel est votre plus beau voyage ?
L’Equateur et le Yémen, deux pays en hauteur (2500 et 1800 m d’altitude), deux pays aux paysages incroyables et aux peuples si charmant et généreux.

Et le plus mauvais ?
Il n’y a aucun voyage qui puisse être mauvais, quoi qu’on s’ennuie ou quoi qu’il arrive, les voyages, c’est toujours pleins de leçons et d’expériences !

En voyage vous préférez lire, partager une discussion avec le voisin, ou écouter de la musique ?
Comme je suis bavarde et que j’aime les rencontres et les échanges humains, alors une bonne discussion avec un voisin vaut mieux qu’être plongée dans son monde, à  moins qu’il soit très ennuyeux ou plus bavard que moi 🙂

Quelle est la plus belle ville visitée ?
Istanbul sans conteste

Quel est le genre de musique que vous écoutez?
Plein! J’écoute beaucoup de musique planante, de musique spirituelle, mélancolique aussi. J’aime tous ces registres là .

Votre musicien ou musicienne préféré(e)?
Il y en a plein aussi ! Cheikh Imam, La Nina de Los Peines…

Votre meilleur public, les ados, les jeunes, les filles, les hommes?
Toutes catégories confondues!!!

Votre parolier préféré?
Amin El Ghozzi.

Le matin, sous la douche, qu’est-ce que vous fredonnez comme chanson ?
Je chante très rarement sous la douche mais j’aime écouter de la musique.

Quel est votre écrivain préféré ?
Il y en a plein vraiment ; très difficile de choisir ; pas envie de choisir.

L’homme idéal pour vous ?
L’homme altruiste et généreux qui sache vraiment être heureux pour sa femme et comprendre et être à  l’écoute de ses besoins.

Et la femme idéale ?
La femme sincère, la femme complice qui cerne son homme d’un simple regard.

Vous partez seule sur une île. Quel disque transporteriez-vous?
Un disque de musique latino-américaine, tout ce qu’il faut de mélancolie dans assez de bonne humeur et de rythmes !

Et un livre ?
Sur une île, je n’emporterai sûrement pas un livre, j’irai lire dans la nature, pour une fois que nous sommes seules toutes les deux !

Quelle est votre boisson préférée?
Le jus d’orange pressé par les mains de ma maman.

Et le plat préféré?
Je suis une grande gourmande : kosksi bel 3osben (couscous au Osban) et au mouton, le grand régal 🙂

Et celui que vous réussissez si vous faites la cuisine?
Rouz jerbi (riz djerbien) je pense. Mais j’en réussis bien d’autres également.

Votre couleur préférée?
El Rojo!

Une fleur?
L’orchidée.

L’heure du jour préférée et pourquoi?
L’heure du lever du soleil au bord de la mer. Je ne sais pas : les couleurs sont si belles et la terre est si sereine.

L’argent a t-il une importance capitale pour vous ?
Capitale non, mais il est malheureusement important pour vivre.

Une salle où vous aimeriez chanter? Pourquoi?
En Tunisie, j’aimerai chanter à  l’Acropolium de Carthage, car je n’ai jamais chanté dans notre belle cité qui regorge d’Histoire et jamais chanté dans une cathédrale aussi. Je pense que le lieu donnera un beau côté spirituel et planant pour ma musique et ma voix…

Etes-vous café ou thé?
Thé.

Pâtes, viandes ou poissons?
Viandes !

Vous êtes plutôt jean ou robe?
Robe. Un peu de féminité de nos jours, nous en avons besoin.

A propos de la vie, de l’art, plus tard, qu’aimeriez-vous dire à  vos enfants? 
L’art est l’essence de la vie. Il faut se nourrir de la vie pour produire de l’art qui alimentera notre vie et la rendra lumineuse et vibrante, il faut nourrir ses rêves. Etre honnête avec soi et avec les autres est une des plus belles valeurs de la vie. Avoir du cœur et surtout préserver au mieux son innocence, c’est ce que nous avons de plus précieux.

Vos projets immédiats? A moyen ou long terme?
Mon projet immédiat est de mener à  bien mon nouvel album afin de pouvoir me définir à  moi-même et au monde auquel je m’adresse, professionnels et public confondus. Parallèlement, je souhaiterais collaborer sur des projets d’aide aux plus démunis en Tunisie et des projets pour répandre la culture et la musique dans tous les recoins de notre République.

Propos recueillis par
Hamma Hanachi

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