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Comment relancer le secteur des croisières du naufrage actuel

Comment relancer le secteur des croisières du naufrage actuel

MSC Cruises et Costa Croisières avaient donné le ton il y a quelques semaines : ils suspendaient provisoirement l’escale de La Goulette de leurs parcours en Méditerranée (lire notre article). Conséquence : le seul et unique port apte à  recevoir les navires de croisières en Tunisie a vu ses activités chuter totalement au cours des 3 premiers mois de l’année. En cause, la situation politique et sécuritaire jugée instable par les croisiéristes. Pour ne pas arranger les choses, la guerre en Libye a systématiquement créé des amalgames auprès des clients qui ont préféré éviter les croisières passant par Tunis.

Pour faire face à  la situation qui prévaut, l’Office de la marine marchande et des ports (OMMT), en collaboration avec l’ONTT, ont organisé le 31 mars un éductour à  l’intention d’une petite dizaine de professionnels étranger du secteur des croisières afin qu’ils découvrent par eux-mêmes la réalité du terrain et celui de la nouvelle Tunisie de l’après 14 Janvier. Le parcours qui leur a été élaboré était identique à  celui qu’empruntent traditionnellement les croisiéristes en escale d’une journée à  Tunis : Carthage-Sidi Bou Saïd et la Médina avec le Musée du Bardo. De toute évidence, l’opération a atteint ses objectifs car la réaction des participants a été unanime : le climat général de la capitale tunisienne et ses alentours permet le retour des croisières. Pour Laurent Sicard, premier responsable de Meda Cruise, spécialiste français du transport maritime, il est indéniable que le quai du port de la Goulette est « techniquement parfait et permet l’accostage des bateaux à  grand tirant d’eau ». Mais cet atout à  lui tout seul ne permettra pas de faire revenir les clients. John Terck, directeur général du croisiériste Royal Caribbean (RCC) basé à  Miami, confirme qu’aux Etats-Unis et en Europe, la proximité de la Tunisie avec la Libye provoque des malentendus. « Les gens confondent entre les deux pays et on espère que les événements en Libye se termineront rapidement » a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec la presse à  Tunis. Chez Royal Caribbean, la Tunisie n’a pas été annulée, mais ce sont les passagers qui sont en phase d’attente « afin de voir si la stabilité et la sécurité sont vraiment assurées dans le pays. »

Près de 900.000 croisiéristes

En 2010, la Tunisie a enregistré un total de 895.000 croisiéristes qui ont généré l’équivalent de 90 millions de dinars de recettes en devises. Chiffre confirmé par Slim Chaker, secrétaire d’Etat au Tourisme, qui rappelle à  ce propos que le secteur est en pleine phase de croissance aussi bien en Tunisie que dans le monde. En 2004, le port de la Goulette avait totalisé 415.000 croisiéristes. Comme quoi, les chiffres ont littéralement doublé en 6 ans. Selon les estimations, sur chaque bateau accostant, environ les deux tiers des passagers descendent à  terre tandis qu’un tiers reste à  bord. L’escale tunisienne propose en effet tout un ensemble d’atouts, dont notamment la proximité immédiate des sites archéologiques par rapport au port, en plus des avantages qu’offrent les installations du port en Duty Free, restaurants, centres d’artisanat, spa… « Les installations du port de la Goulette sont les meilleures en Méditerranée » déclare le représentant de RCC qui recommande « de ne pas les garder cachées ». Car faut-il le rappeler, le terminal était géré en concession par une société appartenant à  Sakhr El Matri, gendre du président déchu, qui en tirait tous les avantages (lire à  ce propos).

En attendant, MSC maintient la suspension de l’escale de Tunis. Neil Palomba, représentant du croisiériste, tient à  souligner que celle-ci n’a pas été remplacée par une autre escale en Méditerranée. Les passagers se sont vu proposer une journée en mer en guise de compensation. « MSC avait prévu 11 escales en 2011 totalisant 11.000 passagers sur La Goulette mais ce sont les passagers eux-mêmes qui décident des programmes d’escales ». Autrement dit, le croisiériste a du se plier à  la volonté de ses clients. Il se veut cependant réaliste : « vous avez notre soutien et Tunis est une escale importante pour nous ».

De toute évidence, la Tunisie a besoin de rassurer pour espérer voir revenir les croisières. Anton Buttigieg, représentant portuaire maltais à  travers la société Thomas Smith & Co, suggère par exemple la levée des taxes sur les croisières, afin d’encourager les passagers. Une proposition qui serait déjà  à  l’étude entre les ministères du Transport, du Tourisme et de la Culture aux dires du secrétaire d’Etat au Tourisme.

Le travail de lobbying est également une nécessité dans la situation qui prévaut. Parmi les invités de l’OMMP, on a justement compté un lobbyiste de taille en la personne de Giovanni Spadonni. Cet Italien préside la Med Cruise, qui est l’association des ports de croisières en Méditerranée, laquelle compte une centaine de membres (dont la Goulette). Selon lui, il est important de faire parler de la Tunisie. « Au cours du dernier salon international de Miami, qui est un rendez-vous important de l’industrie des croisières, j’ai parlé de l’Odyssée grecque dont l’itinéraire passe par Djerba. La Tunisie est une destination très importante pour nous et je vous confirme le soutien et les encouragements du conseil d’administration de Med Cruise qui va déployer des efforts en votre faveur. »

Toujours est-il qu’à  l’heure où la majorité des pays européens a levé les restrictions de voyages sur la Tunisie, on peut s’étonner de voir que les croisiéristes n’ont pas suivi le mouvement.

Hédi HAMDI

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