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Voyages à l’étranger des Tunisiens : les agences légales menacées par la bureaucratie

Branle-bas de combat dans les rangs des agences de voyage spécialisées dans l’organisation de séjours à l’étranger, connus sous l’appellation ‘outgoing‘: l’année 2015 risque de se terminer encore plus mal qu’elle n’avait commencé. Pas seulement parce que leurs activités ont baissé de 50% par rapport à 2014, mais parce qu’elles voient se profiler à l’horizon des licenciements en masse de leur personnel et des ruptures de partenariat avec leurs fournisseurs étrangers. En cause, des atermoiements dans le traitement des dossiers de leurs clients et des blocages de factures au niveau des trois administrations chargées de la tutelle de cette activité, l’ONTT, le ministère du Tourisme et la Banque centrale de Tunisie (BCT).

C’est en fait la Fédération tunisienne des agences de voyages (FTAV) qui vient de monter au créneau. Par la voix de la présidente de sa Commission outgoing, Nadaa Ghozzi, les professionnels expriment leur désarroi face à une situation qui parait inextricable en l’état actuel des choses. « Nous avons actuellement un total de 10 à 12 MD que nous devons à nos fournisseurs de prestations à l’étranger mais qui n’ont pas été honorés à cause du blocage par la BCT des virements bancaires » explique la responsable.

Les professionnels tunisiens du voyage à l'étranger s'insurgent contre les freins administratifs qui entravent leur profession. De gauche à droite, Aziz Benelfoul (propriétaire d'une agence), Dhafer Letaief (vice-président de la FTAV), Nadaa Ghozzi (présidente de la Commission outgoing), Nadia Ketata (secrétaire générale de la FTAV) et Lamia Jebali (représentante d'une centrale de réservation).

Les professionnels tunisiens du voyage à l’étranger s’insurgent contre les freins administratifs qui entravent leur profession. De gauche à droite, Aziz Benelfoul (propriétaire d’une agence), Dhafer Letaief (vice-président de la FTAV), Nadaa Ghozzi (présidente de la Commission outgoing), Nadia Ketata (secrétaire générale de la FTAV) et Lamia Jebali (représentante d’une centrale de réservation).

Ces impayés vont avoir plusieurs conséquences sur le secteur. Ce sont d’abord une vingtaine d’agences de voyage qui risquent de cesser leurs activités entrainant dans leur chute environ 2400 employés. Ensuite, il y va également de la crédibilité des opérateurs du tourisme tunisien aux yeux de leurs partenaires étrangers qui n’ont pas été payés. « Nous avons certains dossiers qui datent du mois de mars 2015, nos clients sont partis en voyage, sont rentrés, nous avons versé l’argent à la BCT, mais celle-ci n’a toujours pas payé notre fournisseur à l’étranger qui a effectué les prestations » s’insurge Lamia Jebali, représentante d’une centrale de réservation internationale en Tunisie.

1,2 million de Tunisiens en voyage

En réalité, ces blocages sont la conséquence du dépassement du budget alloué par la BCT au secteur des voyages en Tunisie, qui s’est élevé  cette année à 20 MD. « C’est un budget très inférieur aux besoins réels des 1,2 million de Tunisiens qui voyagent à l’étranger et qui payent leurs prestations en dinars avant de partir » souligne encore Nadaa Ghozzi.

Nadaa Ghozzi, présidente de la Commission outgoing à la FTAV.

Nadaa Ghozzi, présidente de la Commission outgoing à la FTAV.

 

Historiquement, la décision de permettre aux Tunisiens de pouvoir payer leur hôtel ou tout type de prestations touristiques, en dinars tunisiens, remonte à 2006. A l’époque, l’enveloppe allouée était de 10 MD (7,5 M$ selon le cours d’alors). Sauf que 8 ans plus tard, la conjoncture a totalement changé et les 20 MD accordés (9,6M$ au cours actuel) sont loin de couvrir les besoins réels du secteur. Tout d’abord, parce que le dinar tunisien s’est totalement effondré face au dollar et à l’euro notamment. Ensuite, parce qu’il y a eu doublement du nombre des agences de voyage agissant dans le secteur de l’outgoing (étant donné que les autres activités plus traditionnelles comme le réceptif de clients étrangers ou encore l’organisation d’excursions pour les touristes sont quasiment à l’arrêt vu la conjoncture). Mais ce qui est à souligner aussi, c’est que la légalisation de l’outgoing a permis à certains opérateurs qui travaillaient dans une semi-illégalité d’entrer dans les rangs et d’officialiser tout leur business.

Voyager en toute sérénité

« Depuis le démarrage de l’activité outgoing, jamais il n’y a eu plainte de nos clients qui voyagent avec toutes les garanties » rappelle Nadaa Ghozzi. « S’il fallait faire un bilan de notre secteur depuis 8 ans, nous avons créé une dynamique économique, des compétences ont vu le jour, nous avons créé de l’emploi et avons également fait participer d’autres secteurs à notre croissance comme les avocats pour les contrats et les assurances ». Toutefois, ce qui est valable pour les agences qui travaillent dans la légalité ne l’est pas pour les parties qui travaillent dans l’illégalité. La FTAV pointe du doigt les sociétés de services qui n’ont pas d’agrément pour exercer la profession d’agent de voyage mais qui s’improvisent organisateurs de séjours à l’étranger.

Pis encore, il n’est pas rare de découvrir sur les réseaux sociaux des offres de voyages à des prix défiant toute concurrence mais qui, en réalité, sont organisés par des non-professionnels, avec tout ce que cela peut générer comme risques pour les voyageurs.

« Ce blocage que nous subissons ne va pas empêcher le touriste tunisien de partir en voyage  fait souligner Nadaa Ghozzi. Il va voyager avec les gens non déclarés ». Mais le plus inquiétant à entendre dans les revendications de la FTAV, c’est qu’il n’y aurait aucune volonté de la part des autorités de contrôler les illégaux. « En tant qu’agences de voyage légales, nous sommes parfaitement favorables à ce que les autorités nous contrôlent à postériori » propose la présidente de la Commission outgoing.

Etude en cours

Face à ces revendications, le ministère du Tourisme s’est résigné à commander une étude sur l’impact économique du secteur. Celle-ci a pour objectif de définir le montant réel de l’enveloppe outgoing qui doit être allouée aux voyages à l’étranger. Sauf que cette étude n’a été entamée qu’en septembre 2015 et ne présentera ses résultats que début 2016. Ensuite, il s’agira aussi d’accepter ses résultats et ses recommandations. Et quand on sait que la FTAV évalue à 60 MD la somme nécessaire à la bonne marche des activités de l’outgoing, on doute que les autorités acceptent sans rechigner un tel montant.

Cette étude devra toutefois avoir l’avantage de dessiner le portrait-robot des Tunisiens qui voyagent, hommes d’affaires ou citoyens de la classe moyenne supérieure. A ne pas confondre avec les voyages des Tunisiens qui se rendent aux Lieux Saints pour les petits ou grands pèlerinages. Nadia Ketata, secrétaire générale de la FTAV, se dit pour sa part consciente de la réalité de la conjoncture et de la situation du pays. « Nous sommes patriotes, mais nous avons besoin d’une bouffée d’oxygène pour respirer. Nous nous attendions à un conseil interministériel avant la fin de l’année qui décide de nous accorder une rallonge dans le budget, mais il n’a pas eu lieu et ne semble pas être prêt de se tenir ».

Nadia Ketata, secrétaire générale de la FTAV.

Nadia Ketata, secrétaire générale de la FTAV.

En dépit de cette situation, la demande pour des voyages à l’étranger, que ce soit en individuel ou en groupe, continue. Paris et Istanbul demeurent les deux destinations préférées des Tunisiens.

Mais comment avancer quand les fournisseurs des agences attendent leurs dus. Aziz Benelfoul, propriétaire d’une agence située à Tunis, a trouvé un semblant de solution : « je stoppe mes activités en septembre/octobre parce que je sais qu’à chaque fin d’année, les problèmes avec la BCT sont récurrents ».

Et quand on apprend qu’une agence de voyage passe en moyenne 4 jours par mois à la BCT pour des raisons de procédures, il y a lieu de se demander comment le secteur réussit à survivre face à de telles contraintes administratives.

Hédi HAMDI

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