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Après la Révolution : les professionnels du tourisme tunisien s’expriment et revendiquent

Passée l’euphorie de la Révolution, le tourisme tunisien s’est réveillé face aux réalités du terrain : touristes rapatriés dans leur majorité, report de tous les programmes des T.O et arrêt quasi-complet de toute la filière.

Pour se concerter sur la stratégie à  entreprendre pour la relance du secteur, notre site DestinationTunisie.info a organisé deux tables rondes successives. La première sur le thème de « la situation actuelle du tourisme tunisien » et la seconde sur « les solutions de relance immédiate pour le secteur ». Les deux événements ont enregistré la présence cumulée de près de 150 professionnels : hôteliers, agents de voyages toutes spécialités confondues, représentants de tour-opérateurs, responsables de terrains de golf, de centres de thalassothérapie, de casino, d’experts du secteur, de retraités de l’ONTT, de représentants des fédérations professionnelles (FTH et FTAV) etc.

Ces réunions ont été marquées par la présence de bout en bout du nouveau secrétaire d’Etat au Tourisme, Slim Chaker, qui a écouté attentivement les débats et qui a pris des notes sans discontinuer pendant les 6 heures cumulées de discussions entre les hôtels Regency Gammarth et Concorde Les Berges du Lac.

Compte rendu : Hédi HAMDI

Propositions sur le court-terme :

Mohamed Belajouza, président de la FTH : « La Fédération tunisienne de l’hôtellerie a préconisé un certain nombre de mesures d’urgence pour le soutien du secteur hôtelier et le maintien des emplois. La première demande concerne la levée du couvre-feu. Ensuite, nous lançons un appel pour le rétablissement de l’activité économique et assurer l’approvisionnement régulier des hôtels. Nous avons également besoin de l’intervention du gouverneur de la BCT pour qu’il donne des instructions aux banques pour accorder des facilités de caisse nécessaires aux établissements hôteliers afin d’assurer le paiement des charges salariales et énergétiques. Il faut également intervenir auprès du ministère des Affaires sociales et celui du Tourisme pour des arrangements avec la CNSS et l’administration fiscale. Ceci étant, les cotisations salariales seront versées à  la CNSS. Il nous faut aussi penser à  un soutien aux T.O pour qu’ils maintiennent leurs programmes aériens et sollicitons la mise en place immédiate de l’ouverture du ciel. »

Hamadi Chérif, secrétaire général de la FTAV : « La Fédération tunisienne des agences de voyages a établi plusieurs propositions concrètes pour la relance immédiate du tourisme. Tout d’abord avant la levée du couvre-feu, nous devons inviter un maximum de journalistes et professionnels étrangers, utiliser les médias sociaux pour promouvoir la destination, contacter les ONG, les associations et les communautés maghrébines pour qu’elles soient les premières à  revenir. Nous soulignons le rôle primordial de l’aérien ainsi que la nécessité de prendre les mesures adéquates pour préserver la situation financière des entreprises touristiques et leur permettre de sauvegarder l’emploi.

Après la levée du couvre-feu, nous appelons à  avancer la libéralisation du trafic aérien et à  surseoir à  toute action publicitaire jusqu’à  la reprise touristique. »

Mohamed Guizani, agence UTS : « Mon partenaire allemand REWE Touristik veut recommencer à  travailler sur la Tunisie pour sauver la saison hiver, sauf qu’il est nécessaire de lever le couvre-feu le plus vite possible, pour que le ministère allemand des Affaires étrangères lève les restrictions de voyages sur la Tunisie. La deuxième chose qui a été demandée pour relancer la machine grippée, c’est l’aérien. Ils demandent ce que l’Etat tunisien pourrait faire pour soutenir les tour-opérateurs. Ils ont proposé Air Berlin car elle opère au départ de tous les aéroports allemands. J’ai proposé Tunisair et Nouvelair mais malheureusement, ces compagnies ne volent qu’à  partir de trois ou quatre aéroports allemands. L’idée serait que tous les T.O se regroupent autour d’Air Berlin qui concentre 80% du trafic en hiver et que chaque T.O contribue par un certain nombre de sièges pour sécuriser et garantir les vols. Par ailleurs, les opérateurs allemands sont prêts à  venir chez nous pour discuter avec nous de la relance. Malheureusement, nous manquons de crédibilité sur le marché allemand car nous leur avons menti par le passé. Aujourd’hui, les choses changent et ils verront eux-mêmes ce changement radical.

Habib Ben Slama, directeur central du Produit à  Tunisair : « Je suis un peu étonné car j’ai exactement la proposition contraire. D’abord, Air Berlin s’est désengagée de la destination. Ensuite, le premier client de Tunisair, Thomas Cook, nous a fait savoir officiellement qu’il va jouer le rôle de consolidateur et nous a demandé de reprendre ce qui reste chez les autres, comme TUI et ITS et même d’autres T.O qui ne se sont pas nos clients. Nous lui avons accordé ce leadership pour que les T.O puissent s’engager sur une capacité, sans pénalité, sans risque financier et avec un coefficient de remplissage supérieur ou égal à  40%. C’est une mesure que nous avons prise deux jours après la crise. Tunisair reste sur l’Allemagne pour donner une alternative au charter et au régulier. Notre objectif, c’est d’éviter le stop sale sur la Tunisie. Notre représentant a les instructions nécessaires pour cela.

Deuxième chose, nous volons sur 8 aéroports en Allemagne sans parler des vols à  la demande, sans restriction. S’il y a une demande avec un minimum de remplissage de 40%, nous nous engageons à  l’assurer, bien que la rentabilité dans ce cas de figure est de 80%.

Ce que j’ai dit pour l’Allemagne, c’est valable pour tous les marchés où nous sommes présents. »

Ridha Attia, directeur général Vincci Tunisie : « En tant qu’hôtelier, je recommande de ne pas faire de la publicité conjointe avec les tour-opérateurs et de concentrer les moyens à  subventionner Tunisair pour qu’elle assure le volet aérien. Tous les hôteliers que nous sommes, participons dans les catalogues qui sont faits par les T.O. Nous avons besoin aujourd’hui de travailler beaucoup plus l’institutionnel, l’image de la Tunisie auprès des marchés ».

Samir Bellazrak, directeur général de l’agence Must Travel :
« J’ai entendu dire qu’il fallait ramener des journalistes en Tunisie demain. Cela ne sert rien, la situation n’est pas stable aujourd’hui en Tunisie. Le besoin premier est : comment subvenir à  nos engagements financiers et payer notre personnel, pas dans six mois ou un an, mais à  partir de ce mois-ci. Quelles sont les mesures concrètes que l’Etat peut accorder aussi bien aux agents de voyages qu’aux hôteliers pour nous permettre de vivre ou de survivre ? »

Ridha Taktak, président de la FRH Mahdia-Sfax et promoteur des hôtels Mahdia Beach et Basma (Tozeur) : « Je suis très optimiste car depuis le début de la révolution, on a beaucoup parlé de la Tunisie dans les médias. Maintenant, il va falloir exploiter ces idées pour améliorer notre image marketing en définissant un nouveau message élaboré par des spécialistes en communication.

Maintenant, il faut que les banques nous aident à  traverser cette période pour maintenir les emplois. D’habitude, ce sont les T.O qui nous donnent des avances pour le early-booking. Maintenant, il ne faut pas que les employés aient faim parce qu’ils seraient capables de prendre des équipements de l’intérieur des hôtels pour aller les revendre.

L’open-sky doit être mis en pratique le plus vite possible. L’échéance a été retardée au maximum pour protéger les intérêts de l’ancienne famille régnante. Mais il faut penser comment travailler les transferts entre les aéroports pour ne pas que l’open-sky se retourne contre nous ».

Moez Karoui, directeur général de l’agence Tunisie Evénements : « La sécurité, la levée du couvre-feu et la levée des restrictions émises par les ambassades sont les conditions de la reprise. Les actions proposées jusque-là  sont des actions liées au secteur professionnel. Nous avons un problème de perception auprès du consommateur final.

L’expérience passée a démontré qu’après les grandes crises politiques, les destinations communiquaient pour leur relance sur le brain-wash, c’est-à -dire la mise à  exergue de tout ce qui est positif dans la révolution à  travers les médias. Ensuite, travailler sur des chaînes TV « réconfortantes » comme France 24 ou Euronews où l’institutionnel (qui tient un langage politique) n’intervient pas. Suite à  cela, nous pourrons aller vers le soutien aux T.O. »

Omrane Khelil, directeur du Flamingo Golf Course Monastir : « Le point capital pour ramener la clientèle, c’est la communication B to C parce qu’il faut aller vers le grand public en montrant que la vie est redevenue normale et que les manifestations ne sont que politiques et c’est une chose normale. Je prends un exemple : le congrès américain a applaudi la Tunisie à  travers un standing ovation. C’est un message sur lequel on peut capitaliser notre communication. »

Mehdi Chahed, responsable d’un bureau d’études dans le secteur du tourisme : « Ma première recommandation porte sur la création d’événements dans les principales zones touristiques et ramener des personnalités du sport ou du showbiz. Ma seconde recommandation, c’est de s’investir dans les technologies de l’information et de la communication. Les principaux médias, ce n’est pas la télé, ce n’est pas la presse, je pense que le meilleur rapport coût/efficacité, c’est Internet, c’est Facebook, c’est tout ce qui est Committee Management tant en B to B qu’en B to C pour redonner confiance. C’est en période de crise qu’il faut communiquer et dépenser de l’argent en publicité ».

Houssem Ben Azouz, directeur général de l’agence Siroko Travel : « Il y a un élan de sympathie à  l’égard de la Tunisie sur lequel il va falloir capitaliser. Cependant, je pense aussi que cela ne sert à  rien de proposer un produit si l’opinion publique ne suit pas, si elle n’est pas tranquillisée. La priorité, c’est de travailler sur la psychologie du consommateur. La technique prioritaire, ce sont les relations publiques, les voyages de presse et les événements. Mais il faudrait que les bureaux de l’Office du tourisme tunisien à  l’étranger soient outillés pour faire face à  cette demande de gestion des relations publiques. La solution est de sous-traiter ces actions avec des agences spécialisées et non pas que les représentants essayent de tout faire. Donner de l’argent aux tour-opérateurs qui ne pourront pas agir sur le consommateur serait du gaspillage ».

Karim Kamoun, PDG de l’agence Voyages 2000 : « Il faudrait des actions très concrètes et très précises avec les T.O qui sont les premiers décideurs pour ramener les touristes. Il faut les conforter et les rassurer sur l’exemple de ce qui a été fait dans le passé notamment à  Sharm El Cheïkh. La solution est de maintenir les vols en soutenant de 60 à  90% du remplissage qui doivent être subventionnés. Si l’Etat est prêt, il faut le faire immédiatement ».

Mohamed Belajouza, FTH : « S’il y a une chose à  ne pas faire en ce moment, c’est baisser les prix. La fédération a déjà  pris position et a demandé à  ses adhérents et à  tous les hôtels de ne pas baisser les prix, c’est notre première recommandation. Quant à  amener les hôteliers à  pratiquer tel ou tel prix, il y avait deux solutions : la première, était de fixer un prix plancher. L’administration a rejeté la proposition car nous sommes dans une politique de liberté des prix. La seconde solution consisterait à  établir une charte d’honneur et fixer entre nous des barèmes minima et maxima. »

Propositions sur le moyen et long-termes :

Daniel Penet, directeur général adjoint Mövenpick : « Mener une véritable enquête non complaisante sur les services bagages à  l’arrivée des vols sur l’aéroport de Tunis-Carthage qui fait l’objet d’ouverture de valises et de vols répétés et ce en toute impunité ; faciliter l’importation provisoire (douanes) de matériel au profit des agences MICE ou des sociétés choisissant la Tunisie comme lieu d’organisation de leurs réunions internationales ; favoriser les investissements étrangers tant dans l’industrie que dans le tourisme, idem pour l’achat de biens immobiliers qui créent des liens affectifs et grâce auxquels leurs propriétaires génèrent un flux familial et amical entre leur pays d’origine et la Tunisie. Ouverture du ciel aux compagnies aériennes régulières et low cost, ce qui permettra de desserrer la mainmise des tour-opérateurs sur le tourisme tunisien. Mise en valeur des sites touristiques, pour certains dans un état lamentable ; développement de certains thèmes (par exemple Star Wars, ballons dans les gorges de Midès, nettoyage de la vallée traversée par le Lézard Rouge, etc.). »

Dirk Nouira, directeur général Club Med en Tunisie : « Le client qui va arriver en Tunisie après la Révolution, que va-t-il ressentir ? Quel type d’accueil lui prévoit-on ? Que va-t-il trouver dans les hôtels ? Je crois que tous les hôteliers, nous devons nous mobiliser avec l’aide du gouvernement pour qu’il se dise : quelque chose a changé en Tunisie. Et cela commence par l’accueil à  l’aéroport avec du jasmin et des jeunes qui sourient, des douaniers qui sourient et qui ne fument pas la cigarette, des policiers qui disent bonjour quand ils tamponnent le passeport. Ce sont peut-être des détails mais avec les petites choses, nous allons faire toute la différence.

Par ailleurs, je voudrais demander une aide au gouvernement car nous avons subi des augmentations tarifaires exorbitantes notamment sur le prix de la viande importée et sur les alcools étrangers qui sont excessivement chers et taxés.»

Moez Karoui, Tunisia Evénements : « Mettre en place des actions de marketing direct, de relations publiques et de marketing viral : faire de la Tunisie l’invitée d’honneur de tous les salons et foires touristiques confondues et de tout événement culturel afin qu’il y ait un regain de confiance et une envie de retrouver la Tunisie d’avant. Travailler aussi sur un grand événement international choc avec un concert de la paix par exemple sur l’avenue Bourguiba à  Tunis, lieu de la révolution avec un très grand artiste international. Réaliser des opérations de communication externe auprès de tous les marchés classiques tout en allant conquérir d’autres marchés où nous avons gagné de la notoriété grâce à  cette révolution. Il faudra aussi une campagne de positionnement pour dissocier l’image de la révolution par rapport à  celle d’une Tunisie moderne ».

Karim Ben Mrad, directeur général de l’agence Punic Tours : « Il va falloir penser au tourisme dans les régions de l’intérieur, d’où est partie la révolution : Sidi Bouzid, Gafsa, Kasserine, Béja, etc. Il faudrait que nous, agents de voyages, repensions à  nos passages circuits pour essayer de créer des emplois dans les régions. Ce pays est plein de ressources humaines, de sites archéologiques, de paysages magnifiques que l’on doit montrer pour sortir de nos circuits classiques. »

Sabri Ben Salem, commercial hôtel Barcelo Gammarth : « Après le retour à  la stabilité, il faudra un budget beaucoup plus conséquent pour la promotion de la Tunisie. On devrait faire comme Turkish Airlines qui a fait appel à  Kevin Costner. Et on ne peut pas dire que l’on n’a pas d’argent puisqu’avec tout l’argent qui a été volé, on en a beaucoup maintenant. »

Samir Bellazrak, Must Travel : « Une fois la situation revenue à  la normale, il faudra toucher l’opinion publique internationale à  travers des VIP, des personnalités, des lobby pro-tunisiens. Il nous faut des gens comme Michel Boujenah par exemple, qui a pleuré sur un plateau TV en parlant de la Tunisie ».

Brahim Ouechtati, directeur général de Travel Academy : « La règlementation sur le tourisme religieux doit être révisée en Tunisie ainsi que notre relation avec Montazah Gammarth (ndlr : la SNR, société détenant l’organisation des pèlerinages à  la Mecque). Nous voulons des résultats clairs ».

Bahri Touil, directeur général de l’agence MICE Travel : « L’activité principale de mon agence étant les congrès et séminaires, je considère comme une honte le fait que la Tunisie n’ait pas de palais des congrès. Je réponds à  des cahiers de charges pour que la Tunisie abrite des congrès. D’autres pays à  qui nous n’avons rien à  envier remportent l’organisation de congrès de 3, 4 ou 5000 personnes à  l’échelle internationale juste parce qu’ils disposent de palais des congrès. Il nous faudra donc un palais des congrès à  l’avenir ».

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