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Allemagne : qui pourra relancer la machine touristique vers la Tunisie ?

Allemagne : qui pourra relancer la machine touristique vers la Tunisie ?

L’administration du Tourisme tunisien veut partir à  la reconquête du marché touristique allemand. Après les actions déjà  menées sur plusieurs marchés européens, les regards sont désormais braqués sur l’Allemagne. Une vingtaine d’experts touristiques et de professionnels de ce pays ont été invités en Tunisie du 14 au 16 juin 2011 par le ministère du Commerce et du Tourisme au sein d’une délégation conduite par Ernst Burgbacher, secrétaire d’Etat Allemand au Tourisme et aux PME, à  prendre part à  un voyage destiné à  réfléchir sur la situation exacte de la destination par rapport au marché allemand et aux moyens de relancer la machine touristique totalement grippée depuis une décennie, à  telle enseigne qu’en 2010, les arrivées en provenance de ce pays ont encore reculé de 5,3% avec à  peine 458.631 visiteurs.

Pour mieux comprendre la situation, un petit historique s’impose : à  partir de 1989, le marché touristique allemand sur la Tunisie, qui est considéré comme un marché historique, relativement stable et particulièrement porteur, connaît ses années de gloire avec une croissance moyenne annuelle de 12,5%. Un taux aujourd’hui qui fait rêver. En décembre 1999, la destination accueille en fanfare son millionième touriste allemand. Cette année-là , le record sera battu : 1.036.262 Allemands auront passé leurs vacances sous le soleil tunisien. C’est l’âge d’or du secteur en général et de ce marché en particulier. Cependant, ce que l’on semble oublier, c’est que cette croissance est due à  un facteur particulier : la guerre en Yougoslavie de l’époque. Zakaria Zgolli, secrétaire général de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), ne manque pas de le rappeler à  ceux qui daignent ne pas s’en souvenir : « la Tunisie a bénéficié d’un fort report de clientèle initialement destinée à  la Croatie notamment ». Mais déjà , la destination donne des signes de faiblesses et ses clients traditionnels commencent à  lui reprocher d’être démodée, ennuyeuse, d’avoir une connotation de qualité médiocre.

L’affaire de la Ghriba

Puis arrive le 11 Septembre 2001 qui inverse totalement la tendance et la perception des pays arabes en général. Son coup de massue, la Tunisie le recevra quelques mois plus tard, le 11 avril 2002. Ce jour-là , un kamikaze se fait exploser devant la synagogue de la Ghriba à  Djerba alors qu’un bus est en train de charger des touristes. Bilan : 21 morts dont 14 Allemands. Au-delà  de ce drame, c’est la gestion calamiteuse de l’affaire au niveau politique qui aggrave tout bonnement la situation. « Après le 14 Janvier, le ministre du Commerce et du Tourisme a, à  deux reprises, présenté ses excuses officielles aux Allemands pour les mensonges qui leur ont été racontés par le gouvernement de l’époque » tient à  souligner Habib Ammar, directeur général de l’ONTT. Regrets relayés par Mohamed Belajouza, président de la FTH, qui déplore « la manœuvre politique d’alors » et qui « se joint aux excuses du ministre à  l’égard des Allemands ».

Pour Mehdi Houas, ministre du Commerce et du Tourisme, « la reconquête du marché allemand devra s’opérer de deux façons. Sur le court-terme tout d’abord, pour alléger les souffrances des professionnels et les aider à  passer ce cap difficile en obtenant un flux touristique supplémentaire d’ici la fin de l’année. Sur le moyen et le long-termes ensuite, en réadaptant notre offre pour nous repositionner ». Car c’est effectivement là  où le bat blesse. Le tourisme tunisien de manière générale n’est pas en situation de crise pour des raisons conjoncturelles en relation avec la révolution mais structurelles et ce depuis au moins une décennie à  cause d’une offre qui ne répond plus aux attentes de sa clientèle.

Pour que la tendance s’inverse

Entre-temps, la Tunisie a vécu un changement radical dont l’écho a retenti aux quatre coins du monde. «Nous sommes venus vous aider à  dépasser la crise actuelle et s’appuyer sur le fait que la révolution a été perçue positivement par les Allemands. Reste à  les convaincre de revenir en vacances en Tunisie car après avoir montré l’évacuation de touristes, il est très difficile de les ramener » a déclaré pour sa part Jürgen Büchy, président de la Fédération allemande des agences de voyages, qui suggère de créer un argument de vente face à  la concurrence. Cette concurrence qui a effectivement dépassé la Tunisie grâce à  des produits similaires et des investissements en publicité supérieurs aux siens. Jürgen Büchy admet que sur le court-terme, le principal frein à  la reprise réside dans les reportages des médias qui créent une incertitude. Malgré tout, le responsable considère qu’« il faut convaincre les agences de voyages qu’elles peuvent vendre tranquillement les voyages sur la Tunisie en les ramenant au maximum sur le terrain sur des voyages très courts et ce pour inverser la tendance ». Le président de l’Association propose d’organiser rapidement un atelier de travail conjoint pour «discuter des mesures à  mettre en place, combler les lacunes et ramener les touristes allemands».

Pour Johaness Zurnieden, directeur général de Phoenix, un voyagiste appartenant à  Air Berlin, la reprise paraît moins évidente. « Actuellement, les gens en Allemagne croient qu’il y a de l’insécurité en Tunisie. Il faut inviter les agences de voyages, les personnes qui sont dans les points de ventes pour qu’elles disent ‘’j’y étais » et non pas qu’on lise cela uniquement dans les journaux ». Mais ce professionnel allemand va plus loin dans sa démarche pessimiste : «Les Allemands ont peur des grèves, ils ont peur d’être pris en otage dans un conflit employeur-employés». Cet avis n’est pas forcément partagé par Horst-Wolfram Kerill, ambassadeur d’Allemagne en Tunisie, qui estime que «les grèves et les sit-in sont des événements connus dans les pays démocratiques».

L’alternative du tourisme durable

En l’absence de différenciation touristique forte, la Tunisie pourrait devenir une destination de référence en matière de tourisme durable. C’est la très sérieuse proposition émise par le Prof. Dr. Harald Zeiss, directeur du développement durable au sein de la TUI Allemagne. « C’est un thème futur, soutient-il, et la Tunisie a la possibilité de prendre de l’avance sur les autres pays dans ce domaine parce que le Tunisien a l’éducation qu’il faut et est ouvert ». Une conférence, soutenue par la TUI notamment, pourrait donc être organisée dans cette optique afin de montrer ce qu’est le tourisme durable et sa portée sur le client qui devient de plus en plus sensible à  ce genre de considérations.

Pour Ernst Burgbacher, secrétaire d’Etat Allemand au Tourisme et aux Petites Entreprises, « aider la Tunisie est un devoir ». « Nous allons voir avec les différents ministères ce qui pourra être fait en matière de coopération ». En attendant, le marché enregistre à  l’heure actuelle une baisse de 61%. Mais du côté de l’ONTT Allemagne, on ne baisse pas les bras. Le budget de 5 millions d’euros alloué au marché sera utilisé notamment pour assurer la visibilité de la destination cette saison sur un marché plein de potentiel au vu de sa situation économique. Mais combien consentiront-ils à  venir réellement, sachant que les images de la guerre en Libye n’avantagent absolument pas la Tunisie et encore moins Djerba.

Hédi HAMDI

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