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Elyès Fakhfakh : «il n’y a aucun doute sur la reprise du secteur touristique» !

Elyès Fakhfakh : «il n’y a aucun doute sur la reprise du secteur touristique» !

Invité il y a quelques jours par le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD) pour débattre de la situation du tourisme tunisien après la révolution et ses perspectives, le ministre du Tourisme, Elyès Fakhfakh, n’a pas été avare en explications et en commentaires sur la situation qui prévaut et a surtout fait preuve d’un optimisme étonnant qui tranche avec l’état d’esprit actuel des professionnels du secteur. Pour évaluer la mesure de ses interventions, nous les avons retranscrites ci-dessous dans leur intégralité.

Annulations et insécurité :

«Cette année, entre 5000 et 8000 pax ont été annulées sur le marché allemand suites aux derniers événements. Il y aura aussi d’autres annulations : 14 navires de croisières appartenant à  des sociétés américaines et présentant un volume global de 40 mille croisiéristes vont annuler leurs escales en Tunisie d’ici la fin de l’année. Sachant que le 1/3 de croisiéristes quitte le bateau, le nombre d’entrées perdues est regrettable, bien entendu, mais il n’est pas assez significatif si on le compare avec les 5 millions de visiteurs -dont 400 000 croisiéristes cette année. Ces annulations ont un rapport avec l’attaque de l’ambassade des à‰tats-Unis qui a une symbolique très forte. Cette attaque crée des points d’interrogation sur la stabilité dans le pays et sur sa capacité à  assurer la sécurité des ambassades et des gens qui résident sur notre territoire. Ce n’est qu’une nouvelle responsabilité pour notre part pour bouger davantage, ne pas rester les bras croisés, analyser ce qui s’est passé, renforcer la sécurité, faire en sorte que cela ne se reproduise pas et surtout pour communiquer afin de mettre les choses dans leur contexte qui est «une phase de transition démocratique».
Le fait que nous ayons reçu 5 millions de visiteurs depuis le début de l’année prouve que l’on ne souffre pas d’une insécurité permanente mais plutôt de quelques phénomènes de violence isolés. Je prends l’exemple de la Turquie qui subit, à  cause de son conflit avec le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan), régulièrement et presque tous les deux ou trois mois des attaques qui peuvent se dérouler même à  Istanbul. Les Turcs ont, pour autant, appris à  faire avec et aujourd’hui, ils se présentent comme la 6ème destination touristique dans le monde avec environ 30 millions de touristes chaque année».

A propos de la descente policière dans un hôtel à  Hammamet :

«Il y a eu effectivement une descente faite par des agents de forces de l’ordre sur une résidence et pas sur un hôtel. Mais cela fait partie de leur travail de tous les jours pour que le ministère de l’Intérieur puisse agir d’une manière préventive s’il estime que cette résidence pourrait être un abri pour un réseau de prostitution ou de trafic de drogue ou de n’importe quelle autre délinquance… Ce n’est qu’une exception dans le sens où l’on possède 600 unités hôtelières qui n’ont jamais fait l’objet d’une pareille descente».

2012, «année de reconstruction du secteur»

«Le tourisme tunisien a connu deux phases : la première d’avant le 14 janvier avec ses points forts et une deuxième phase post 14 janvier où le conjoncturel a été caractérisé par la récession importante qu’a connue notre secteur touristique l’année dernière et son impact négatif sur tous ses acteurs d’une manière directe et indirecte. Cette récession fait que l’année dernière a été une année de gestion pour maîtriser la chute et faire face à  la baisse du nombre de touristes qui a atteint 40% sur le marché européen et 33% tous marchés confondus à  la fin de l’année.
Cette année est, en revanche, considérée comme une année de reconstruction du secteur touristique d’une part et d’autre part de la redynamisation de toutes les autres filières qui y sont liées et ce dans une dynamique globale. Dans notre travail au sein du ministère et afin de maîtriser ce «conjoncturel», on a fixé nos priorités en 3 blocs : le premier bloc est consacré à  la promotion et la communication en général, le deuxième est dédié au soutien des acteurs touristiques qui ont des difficultés afin de faire face à  certains problèmes tels que la fermeture d’hôtels alors que le troisième s’intéresse aux relations avec les différents partenaires étrangers, à  savoir les T.O, les compagnies aériennes…

Or, en ce qui concerne le structurel, pour le tourisme tunisien d’une façon générale, on a repris une étude stratégique antérieure qui date de 2003 pour en déceler les priorités et l’actualiser. On a ainsi créé une unité qui va mettre en place cette stratégie. C’est une opération qui va prendre du temps vu que le secteur souffre de plusieurs lacunes (la formation, la qualité de service, la diversification, le code d’incitation à  l’investissement, l’endettement, le manque d’animation, la mauvaise exploitation du patrimoine…)».

«Dégradation de la qualité des services»

«Malgré ces insuffisances, la Tunisie reste une destination touristique par excellence dont les T.O ne peuvent pas se débarrasser car elle représente un atout dans leurs offres. Ce que ces derniers réclament par contre, c’est de leur donner quelques garanties concernant notamment l’état sécuritaire du pays, la connexion aérienne…
Lors d’une dernière réunion avec les T.O, ces derniers ont signalé une dégradation de la qualité des services ; et là , il s’agit d’un problème supplémentaire qui vient s’ajouter à  tous les autres problèmes mais qu’on peut expliquer par la conjoncture difficile vécue par les hôtels qui n’étaient pas bien préparés, qui n’ont pas fait les recrutements à  temps et qui n’ont pas fait les investissements nécessaires pour la saison. Le bon positionnement dont jouit la Tunisie en Méditerranée n’est pas suffisant parce que, d’une part l’on assiste à  l’avènement d’autres destinations concurrentes dotées d’un produit touristique assez diversifié, et d’autre part parce que nous possédons un énorme potentiel qui nous permet d’améliorer notre offre. Il faut surtout développer toute autre offre complémentaire, différente et innovante et faire en sorte de nous mettre à  niveau sans pour autant perdre notre positionnement».

Une embellie par rapport 2011

«La moyenne de la baisse des entrées enregistrées sur les marchés européens l’année dernière était de l’ordre de 40%. Cette année, on est à  moins 10 au niveau du marché allemand (on a presque retrouvé notre niveau de 2010) et à  moins 6% au niveau du marché anglais. Mais par contre, au niveau des marchés belge et russe, on a dépassé le niveau de l’année 2010.
Le reprise au niveau du marché français est plus lente, on est aujourd’hui à  moins 26% par rapport 2010. Grosso modo, la moyenne de la baisse des entrées au niveau du marché européen est passée de 42% en 2011 à  19% cette année.
Pour le marché maghrébin il a, pour sa part, retrouvé ses marques de l’année 2010 malgré la baisse marquée au niveau du marché algérien. On a ainsi rattrapé 50% de la baisse par rapport l’année dernière, tous marchés confondus.
En ce qui concerne les recettes, leur baisse est moins importante que la baisse des entrées : elle est actuellement de l’ordre de 10%. Le plus important à  noter, c’est que le nombre des nuitées a atteint 10 millions de nuitées supplémentaires cette année, réduisant ainsi de 50% la baisse enregistrée l’année dernière.
L’on peut conclure ainsi qu’il n’y a aucun doute sur la reprise du secteur touristique et les indicateurs (recettes, nuitées, flux, taux d’occupation…) le confirment. Il s’agit seulement d’un petit retard au niveau de zones de Tabarka et Tozeur ainsi qu’au niveau de la reprise du marché français».

Promouvoir le sud et une ligne sur la Chine

«À Tozeur, la moyenne de la durée du séjour est à  1.6 jour et le trafic sur l’aéroport était passable et pas très rentable. Vu tout ce que s’est passé au niveau des frontières tuniso-libyennes, la situation au Sud s’est dégradée davantage l’année dernière avec la fermeture de 24 unités hôtelières dont 4 ou 5 à  Tozeur. Cette année, il y a eu cependant une légère reprise et la baisse des entrées, qui était de l’ordre de 65%, a été réduite à  35 %, mais c’est un taux qui reste quand même assez élevé. Et c’est pour cette raison que nous sommes entrain de préparer un programme complet d’évènementiels pour promouvoir cette région, trouver des solutions pour les hôtels et redémarrer le sud. La mission est très difficile et vu qu’on parle beaucoup de ce qui se passe en Libye et au Mali, les gens ont toujours des craintes pour aller au Sud. Pour y faire face, il a fallu jouer la carte de l’aérien ; et dans ce cadre, l’on avait du mal à  convaincre les sociétés de transport aérien à  assurer des vols vers le les régions du Sud à  moitié vide. Ajoutant à  tout cela, l’existence de quelques problèmes structurels liés à  cette zone là  et qu’il va falloir traiter dans le cadre de notre stratégie actuelle ; ainsi, nous avons identifié 10 produits touristiques stratégiques dont le saharien qui va faire l’objet d’une redéfinition stratégique. Nous venons, dans le même cadre, de signer un accord avec la JICA pour la promotion de ce produit (Sahara) dans les marchés asiatiques, notamment le japonais et le coréen.
Nous sommes aussi en train de travailler sur la réalisation d’une connexion aérienne entre la Tunisie et la Chine ainsi que tout un programme de promotion sur ce marché qui est un énorme marché d’avenir.
Il s’agit donc de tout un plan d’action concret qui vise à  rythmer la vie dans le sud à  travers une promotion spécifique, mais aussi à  travers le soutien financier aux compagnies aériennes. Souvent, les compagnies aériennes annulent leurs vols vers quelques destinations s’ils n’atteignent pas une performance de 80%. La convention de soutien stipule que les compagnies aériennes n’annulent leurs vols que lorsqu’ils n’arrivent pas à  atteindre les 50% ; sinon, l’à‰tat s’engage à  leur subventionner le différentiel entre le 50% et le 80%. C’est un modèle de partage de risque qu’on a adopté pendant les 6 premier mois et qui a bien marché.Il existe encore un autre modèle adopté souvent par l’à‰gypte et la Turquie et qui est sous forme de subvention par siège et par touriste. Ce modèle intéresse surtout les T.O et on est en train de l’étudier pour les aéroports de Tozeur et Tabarka.

Toutes ces mesures prises visent essentiellement à  sortir du conjoncturel et s’inscrivent toujours dans la logique de redémarrage du tourisme afin qu’il retrouve son rythme d’avant la révolution».

 Transcription : Nidhal Adhadhi

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