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France : une Tunisie à  la recherche du touriste perdu

Face au marasme qui caractérise le marché français, les présidents des fédérations professionnelles du Tourisme se sont fait accompagner du premier responsable de l’ONTT et d’un haut cadre de Tunisair pour une opération de lobbying et de relations publiques à  Paris.

Les Français ne semblent pas avoir envie de partir en vacances, et encore moins en Tunisie. Georges Colson, président du SNAV, le syndicat national des agences de voyages françaises, est dépité : «depuis 60 ans que je suis dans le tourisme, c’est la première fois que je vois une telle crise». Pour lui, il y a certes les conséquences de ce que certains se plaisent encore à  appeler «Le Printemps arabe», mais depuis peu, la guerre au Mali et la prise d’otage sanglante en Algérie a fini par décontenancer le Français moyen «qui a le moral au bas des chaussettes» selon Colson. A son siège parisien, ce 22 janvier 2013, il reçoit une délégation touristique tunisienne de haut niveau venue prendre le pouls de la situation du marché français. Mohamed Belajouza, président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie, Mohamed Ali Toumi, président de la Fédération tunisienne des agences de voyages et Habib Ammar, directeur général de l’ONTT, l’écoutent, religieusement certes, mais sans émotion, énumérer les malheurs du secteur. «En 2012, il y a eu une remontée des chiffres, mais le 14 septembre (attaque de l’ambassade US à  Tunis, ndlr), patatras, la sanction a été immédiate !» Comprendre qu’après cette date désormais fatidique, les chiffres se sont effondrés, les annulations se sont succédé et les prises de commande pour la Tunisie se sont arrêtées net. Depuis, l’image de marque de la destination ne s’est pas améliorée pour autant, surtout que les médias français ont scruté de très près les moindres «écarts démocratiques» du pays. Et sur ce plan, ils ont été royalement servis, notamment à  la table salafiste qui leur a offert matière à  disséquer, disputer, critiquer et quelquefois aussi à  dériver. L’agence Capa, qui a vendu à  France 2 un reportage clé en main pour alimenter les rubriques de son émission «Envoyé Spécial», s’en est donnée à  cœur joie en compilant tous les heurs et malheurs que la Tunisie a connus au cours des 12 derniers mois, réveillant par la même occasion la mémoire endolorie du Français qui, déjà , ne savait plus trop où aller en vacances. Désormais, il lui suffira de procéder par élimination : Tunisie, Egypte, Libye et demain peut-être le Sénégal et le Maroc (conséquences de la guerre au Mali si l’on se réfère aux craintes du SNAV). Sauf que la plus belle des destinations ne peut s’enorgueillir de pouvoir offrir le rapport qualité-prix imbattable qui a toujours fait la réputation de la Tunisie. Et Georges Colson de reconnaître que «la Tunisie, c’est le fonds de commerce des agences de voyages, une valeur sûre».
Ce ne sera cependant pas suffisant pour faire revenir Josiane, Robert et Marie-Louise sous le soleil tunisien très rapidement.

Même son de cloche chez les T.O

La délégation tunisienne continue sa tournée et traverse frileusement la capitale française où la température dépasse à  peine les 1 ou 2 degrés et où les vestiges de l’épisode neigeux de la semaine précédente sont encore nettement visibles. C’est autour d’un café chaud que se tient une autre rencontre, cette fois avec René-Marc Chikly, président du Ceto, l’association des tour-opérateurs français. Hayet Bouali, représentante adjointe de Tunisair à  Paris, vient renforcer les rangs tunisiens. Chikly suppose que la démarche tunisienne a d’abord été émoustillée par ce qu’il convient désormais d’appeler «l’affaire Envoyé Spécial» pour certains, ou encore «le complot Envoyé Spécial» pour d’autres. Sans ambages ni détour, il aborde la question : «pour certains, ce qui compte, c’est de faire du sensationnel là  où il n’y a pas de sensationnel». Tout est dit, personne ne veut s’attarder plus longtemps sur un sujet qui, maintenant, agace. La parenthèse est fermée. Mais les chiffres restent implacables : le trafic des T.O affiliés au Ceto a baissé de 12,1% en décembre 2012 toutes destinations confondues. C’est donc déjà  le signe d’un mal-être du marché. Et sur ce même mois de décembre, la Tunisie a reculé de 22,7%, soit presque deux fois plus que la moyenne globale. Mais Chikly se veut quelque part confiant. Il veut rappeler à  qui veut bien l’entendre que les zones touristiques en Tunisie étaient sécurisées. «Nous avions reçu l’assurance du gouvernement» a-t-il déclaré. Au-delà  du constat, le président du Ceto propose quelques suggestions bien personnelles destinées à  redresser quelque peu la position fragile de la Tunisie : «il faut mettre les moyens en organisant des événements (…), il faut garder une image touristique (…), il faut arrêter d’inviter des journalistes en Tunisie pour qu’après, ils fassent des reportages négatifs (…), mettez en place une police touristique…» Mais Chikly, en vieux routier du tourisme, prévient qu’il ne faut pas se leurrer : « vous ne changerez pas l’opinion des gens rapidement, vous aurez besoin de temps ». A condition bien-sûr que les moyens nécessaires soient mis en place rapidement. Habib Ammar, directeur général de l’ONTT, ne se l’est pas fait dire deux fois. Avec Publicis, la nouvelle agence de communication engagée pour gérer l’image de la Tunisie touristique en 2013 (lire), il aurait déjà  défini un plan d’action éclair pour l’élaboration d’un événement imminent destiné à  chasser le signe indien sur le marché français. Mais avant de saluer ses hôtes, René-Marc Chikly lance une recommandation dans un autre registre, mais une recommandation pleine de sens : «il y a eu des problèmes avec l’attitude du personnel dans les hôtels ; dites-lui qu’il arrête de parler de sa vie au client, ce n’est pas son rôle» !

Les Tunisiens au front

En situation de crise, les voyagistes tunisiens opérant au départ du marché français ont toujours été les premiers à  monter au front. En ce début d’année 2013, René Trabelsi (Royal First Travel), Hakim Tounsi (Authentique), ou encore Mourad Kallel (Gamma Travel) affichent leur bonne volonté et leur disposition à  faire avancer les choses. Les problèmes internes cependant, ils les connaissent que trop bien. Et quand la délégation FTH/FTAV/ONTT/Tunisair les rencontre, c’est pour déballer leurs craintes et leurs regrets, entre Tunisiens, sans démagogie : la détérioration de la situation environnementale des zones touristiques, les problèmes des municipalités, les écarts de comportement des commerçants, les voyagistes clandestins (que l’on continue d’appeler par pudeur les intrus) qui ne payent ni taxes ni impôts qui agissent au vu et au su des autorités, les conditions d’accueil dans les aéroports… Tout le monde soupire à  défaut de pouvoir trouver des solutions à  cette double problématique, l’une interne et l’autre externe. «Par quel bout commencer ?» s’exclament-t-il ! Mais il est évident que le moral est en berne et que ces acteurs de la chaîne touristique sont en attente de prises de position gouvernementale fortes et courageuses, que les politiques de tous bords cessent de ses chamailler sur les plateaux TV et qu’ils accordent ne serait-ce qu’un peu d’intérêt à  la chose touristique dans leurs débats insipides.

Hédi HAMDI
Reportage à  Paris

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