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Les terribles déclarations du ministre Fakhfakh

Les terribles déclarations du ministre Fakhfakh

Mais quelle mouche a piqué le ministre du Tourisme pour qu’il s’attaque de front à  la Fédération tunisienne de l’hôtellerie et, par voie de conséquence, à  celle des agences de voyages, qui sont les deux patronats professionnels incontournables de son secteur, provoquant une polémique sans pareille ?

Dans l’interview qu’il a accordée au journal «La Presse» le 31 octobre courant, le ministre du Tourisme, Elyès Fakhfakh, a-t-il tourné sa langue 7 fois dans sa bouche avant de répondre au journaliste qui l’interrogeait à  propos d’une éventuelle rupture du dialogue avec les fédérations professionnelles du tourisme, la FTH et la FTAV ? En tout état de cause, les déclarations du ministre semblent avoir outré la filière touristique tunisienne qui se dit véritablement abasourdie par ce «coup de massue ministériel».

En réalité, il existe aujourd’hui deux suppositions émises par les observateurs : soit les déclarations du ministre étaient spontanées et ont dépassé le véritable cadre de sa pensée, et là , il se devra de revenir sur ses propos jugés blessants et s’en excuser (ou tout au moins les tempérer), soit sa déclaration était préméditée et cela constituerait une véritable «déclaration de guerre» contre certains opérateurs du secteur.

Réaction des concernés

Passé le choc des mots, les fédérations concernées ont finalement fait le choix de ne pas rester muettes et de réagir. La Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), directement touchée à  travers la personne de son président, Mohamed Belajouza, a estimé -dans un communiqué dont Destination Tunisie a obtenu une copie- qu’elle «assimile les propos de ce responsable gouvernemental comme une atteinte à  l’intégrité du patronat hôtelier et à  une ingérence de l’administration dans les affaires internes de la fédération». Au-delà  de cette constatation, la FTH, dans ce même communiqué, a choisi de ne faire «aucun commentaire concernant le contenu même des propos du ministre» et préfère prendre à  témoin les professionnels et l’opinion publique pour qu’ils «jugent par eux-mêmes du nivellement par le bas engagé par le ministre du Tourisme dans les relations administration/profession».

La FTH a donc de toute évidence évité de tomber dans un éventuel débat qui aurait peut-être donné lieu à  un règlement de compte peu reluisant pour l’image du secteur. Les hôteliers ont donc préféré, semble-t-il, ne pas jouer le jeu de la polémique populiste engagée par Fakhfakh, celui-ci ayant accusé Mohamed Belajouza de «faire partie du passé, du temps de Ben Ali précisément». Un argumentaire jugé très dur à  l’égard d’une personne qui a été élue démocratiquement par ses pairs et à  l’unanimité lors des dernières élections. «C’est un manque de tact terrible du ministre, ne serait-ce que vis-à -vis d’une personne respectée par tous et réputée pour sa loyauté et son don de soi en faveur de la cause touristique» commente un hôtelier bien placé pour le connaître.

La polémique ne s’est pas arrêtée au niveau des hôteliers. Les agents de voyages se sont également sentis visés et blessés dans leur amour-propre. «Aujourd’hui, il attaque la FTH, demain, il s’attaquera aux agences de voyages» s’indigne un acteur de la place.
Officiellement, la Fédération tunisienne des agences de voyages (FTAV), s’est également empressée, dans un communiqué rendu public aujourd’hui, de désapprouver les propos du ministre : «la FTAV dénonce et condamne le contenu totalement déplacé du ministre et tient à  témoigner à  ses homologues et partenaires de la Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie (FTH) son soutien indéfectible». Le communiqué de la FTAV est encore plus percutant puisqu’il indique que «malgré les divergences professionnelles pouvant exister actuellement entre les professionnels du secteur et le ministère du Tourisme, à  aucun moment il n’y avait eu atteinte à  la dignité des individus ; les déclarations du ministre constituent par conséquent un franchissement de la ligne rouge du respect et de l’éthique». Les mots sont très forts et reflètent l’indignation provoquée par le ministre «qui a dépassé ses prérogatives» précise encore la FTAV. Cependant, et dans un geste d’apaisement, les agences de voyages ont appelé le ministre à  «rassembler tous les intervenants privés et public du secteur autour d’une même table pour aplanir ses dissensions et se pencher sérieusement sur les priorités du tourisme en cette période où la Tunisie traverse des moments délicats et où elle a besoin de l’unité de ses enfants».

La rupture est-elle consommée ?

Malgré tout, il semblerait maintenant acquis que la rupture soit consommée. Car est-il en effet du ressort d’un ministre de souhaiter publiquement le départ d’un élu ? Elyès Fakhfakh, dans le journal «La Presse», a pourtant tenu les propos suivants : «le congrès de la FTH est prévu vers la fin de l’année 2012 et j’espère qu’un nouveau bureau sera élu, plus en phase avec la révolution et une meilleure représentativité de la profession». Il a également estimé que «ce n’est pas seulement avec le président de la FTH qui ne représente que sa personne que nous établissons le dialogue (…) d’autant que c’est le seul syndicat patronal et ouvrier dont les bureaux n’ont pas été renouvelés depuis la révolution».

A y voir de plus près pourtant, il semblerait que la position du ministre soit une réaction à  une interview accordée par le président de la FTH au magazine mensuel «Le Tourisme» dans son édition du mois d’octobre et dans laquelle Mohamed Belajouza avait déclaré que «l’actuel responsable du portefeuille du Tourisme n’a cessé, depuis son arrivée, de dire du mal des entreprises et de ses professionnels». M. Belajouza avait également reproché au ministre de ne pas s’être occupé du secteur et de n’avoir traité aucun dossier depuis son arrivée.

Au moment où le tourisme tunisien voit s’ajouter à  ses anciens problèmes de nouvelles difficultés inhérentes à  la sécurité et à  l’image de marque du pays, cette polémique ne sert finalement les intérêts de personne. Théoriquement pourtant, les deux parties, administration et profession, sont condamnées à  s’entendre. Mais dans les rangs des professionnels de tous bords, et parmi eux des «vieux routiers» du tourisme, on consent avec beaucoup de désarroi que même avec certains ministres parmi les plus incompétents que Ben Ali avait arbitrairement nommé à  ce poste, jamais la relation n’avait été aussi tendue entre le pouvoir politique et le pouvoir économique de la filière touristique.

Hédi HAMDI

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