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Tunisie: nouvelle menace sur les voyages à l’étranger

Tunisie: nouvelle menace sur les voyages à l’étranger

L’annonce est tombée comme un couperet dans le rang des agences de voyages tunisiennes spécialisées dans l’outgoing, autrement dit dans l’organisation des voyages à l’étranger payables en dinars tunisiens : le 16 septembre dernier, la Banque centrale (BCT)  a annoncé la suspension des transferts en devises pour les agences de voyages à partir du 17 septembre 2014. Pour les professionnels du secteur, cette décision a fait l’effet d’une bombe puisqu’elle a pris de court toute la filiale sans préavis malgré des dossiers en cours pour des départs proches de leurs clients.

L’outgoing : une naissance difficile 

L’activité outgoing est née en 2006 après un long parcours de négociations entre la profession, l’administration et la BCT. Cette dernière avait alloué à l’époque un budget annuel de 10 millions de dinars. Ce montant fut largement controversé par les professionnels du métier car très insuffisant par rapport à ce que génère le tourisme en matière d’entrées de devises (3 milliards de dinars chaque année).

Entre 2006 et 2014, les négociations ont continué avec la BCT en vue de revoir à la hausse le budget outgoing  accordé aux agences. En  2014, ce montant a été doublé atteignant ainsi les 20 millions de dinars. Pour les agents de voyages, cette augmentation ne véhicule aucune valeur ajoutée puisqu’elle s’aligne simplement à une nouvelle réalité du marché : le nombre des agences de voyages a doublé entre 2006 et 2014 passant de 400 agences à peu près à plus de 800 en 2014.

Le conjoncturel et l’institutionnel

Depuis 2011, le secteur des voyages a connu une baisse drastique au niveau de l’incoming à cause de la conjoncture du pays. L’outgoing est venu donc porter au métier une bouffée d’oxygène et a permis d’amortir la crise qu’a connue le réceptif.

Pour les professionnels, ce qui est plus dangereux que la décision elle même, c’est son mode d’application. En annonçant la suspension de l’activité du jour au lendemain, la BCT s’est désengagée de toutes les opérations en cours malgré des dossiers en cours.  Pour la profession, il s’agit d’un acte de discrédit qui portera gravement préjudice aux agents de voyages et à la réputation du métier de façon générale.

Conséquences de la décision

Outre les dégâts moraux et financiers que vont subir  les voyagistes tunisiens, cette décision de la BCT risque au contraire de profiter à certaines parties et notamment au circuit parallèle. De toute évidence, certains voyageurs opteront pour « le noir », ce qui impactera directement les recettes publiques en impôts et en TVA. Dans le même temps, ce sont les agences légales qui vont devoir subir les conséquences de la situation en commençant par licencier du personnel.

Ce que les professionnels craignent également, c’est la crise de confiance que pourrait provoquer cette décision entre les prestataires tunisiens et leurs partenaires étrangers. Pour eux, le secteur a déjà payé assez de pots cassés. En plus de l’instabilité sécuritaire du pays et de la forte montée de la concurrence, le secteur payera encore cher la rançon de cette crise de crédibilité provoquée par les institutions officielles et la destination risque bien de faire l’objet d’un boycott dans le futur proche si les choses ne changent pas.

Doléances des professionnels

La position de la FTAV est claire à ce propos. Après concertation avec ses membres, le syndicat va devoir communiquer à la Banque centrale son refus pour la mise en exécution de cette mesure notamment en ce qui concerne les encours. En effet, il est catégoriquement inacceptable pour les agents de voyages que leurs engagements déjà pris ne soient pas honorés. Loin de se résigner, ils ont encore décidé de continuer leur lutte en réclamant davantage l’augmentation de l’enveloppe outgoing (la porter à 40 millions de dinars) et l’allégement des procédures de traitement des dossiers jusque là assez lourdes et contraignantes.

Alors que les professionnels du secteur touristique peinent à assurer la survie de leur métier et se démènent à trouver les substituts opportuns à une situation vulnérable, les détenteurs  du pouvoir dans le pays semblent avoir toute une autre position. Cette divergence risque de mener le secteur à sa perte si les deux parties ne parviennent pas à trouver un juste milieu garantissant à la fois l’intérêt public et le développement d’un secteur aussi primordial pour l’économie tunisienne.

Fédia Abid

 

 

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