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Les dessous du tourisme dans la Médina de Tunis

Si l’on voulait résumer l’Histoire d’une ville en un seul endroit, on ne pourrait que penser à sa Médina. Chez les Occidentaux, le terme Médina ou Kasbah est souvent associé aux charmes de l’Orient, à l’authenticité arabo-musulmane et à l’exotisme dans ses illustrations les plus mirifiques. Le potentiel touristique de la Médina n’a donc nullement besoin d’être prouvé. Toutefois, en Tunisie, les choses semblent diverger de ces standards. Il suffit de faire le tour de la Médina de Tunis pour s’apercevoir que le nombre de touristes ne fait qu’y baisser. Destinationtunisie s’est déplacée sur le terrain pour tenter de percer les raisons de cette dégringolade. Les résultats de notre enquête dépassaient de loin nos attentes.

Qu’en pensent les habitants de la Médina ?

Selon les témoignages que nous avons recueillis, nous pouvons conclure que la communauté logeant  dans la Médina est assez hétérogène. Alors que les anciens y habitent par choix et par amour, d’autres y ont débarqué pour des raisons de proximité ou de commerce.  Entre les deux catégories, les opinions s’opposent curieusement et une tension semble rôder entre les deux « clans ». Les anciens, manifestement très jaloux de leurs quartiers, accusent les nouveaux d’être trop « pragmatiques » aux dépens de la spécificité architecturale de la Médina : « le commerce à tout gâté ! Les plus belles maisons de la Médina sont vendues à des commerçants qui, par ignorance et par indifférence, les démolissent et y implantent des boutiques ». Les autorités, et notamment la municipalité de Tunis, sont inculpées de complaisance à cet égard puisqu’elles ne veillent pas à l’application du cahier des charges conçu aux conditions de construction dans la Médina. Vu de haut, le paysage de la Kasbah nous a attristés : des briques rouges ça et là, des constructions anarchiques, des ordures ménagères et des bouteilles d’urine balancées sur les toits et entre les ruelles. En bref, le paysage de la Kasbah est à fendre le cœur.

Quelle position des guides touristiques  et hommes de culture ?

Les guides touristiques sont des gens qui connaissent les entrailles de la Médina autant que ses natifs. Nous avons choisi d’aller vers certains vétérans de ce domaine pour entendre ce qu’ils peuvent nous offrir comme analyse à la situation actuelle du tourisme culturel dans la Kasbah. Les guides touristiques pointent du doigt à la fois les autorités locales et la population dans ce qu’ils appellent « le déni social de la Médina ». Pour eux, il existe une défaillance au niveau du rôle joué par la municipalité aussi bien que l’AMVPPC (Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle). Aussi, ils considèrent que la réhabilitation de cet endroit est tributaire en premier lieu du comportement de ses habitants qui se doivent de « se réapproprier la Médina » et contribuer activement à la sauvegarde de son patrimoine matériel et immatériel.

Dans une table ronde récente organisée par le journaliste et écrivain Hatem Bouriel, nous avons appris que les deux musées phares de la Médina de Tunis, à savoir le musée de « Sidi Bou Khrissène » et celui de « Dar Abdallah »,  sont fermés à ce jour. Aussi,  nous avons su que les plus belles Kasbah de la Tunisie, notamment celles de Sfax et de Tozeur, sont presque livrées à l’abandon (absence de circuits balisés, de signalétique, de toilettes, etc.).

Les commerçants de l’artisanat de la Médina

Les soucis des commerçants des souks de la Médina étaient tout autres que ceux du reste de nos intervenants. Abdelmajid, propriétaire d’une boutique d’accessoires de décor traditionnels nous a parlés de « la mort de l’activité touristique dans le souk » car « seuls les clients tunisiens » font  vivre son projet et ce en dépit de la qualité de sa marchandise. Maher, un jeune-homme qui gère une grande boutique d’artisanat nous a parlés des difficultés que rencontrent les commerçants de la Médina telles que les tarifs élevés de la location des fonds et les factures exorbitantes de la Steg (nous avons vu de visu des factures de 1200 DT et plus).

S’agissant des produits chinois, notre surprise fut grande d’entendre la majorité écrasante des commerçants nous dire que « même le touriste plébiscite les produits chinois parce qu’ils sont moins chers ! ». Ceci sous-entend que la dégradation de l’artisanat tunisien puise ses raisons dans des facteurs encore beaucoup plus profonds tels que la catégorie des touristes que reçoit la destination et leur pouvoir d’achat.

Béchir nous explique encore que le « all inclusive » a rendu le touriste plus passif à l’égard de la destination et que la qualité et la compétitivité de l’artisanat turc ou marocain prennent de plus en plus le dessus sur l’artisanat tunisien.

Le problème des commissions pour les touristes de croisières

Ce problème n’est pas nouveau. Toujours est-il qu’il continue de provoquer l’ire de plusieurs commerçants de l’artisanat. Ceux-ci n’admettent toujours pas le système des commissions monopolisant le marché chez 4 ou 5 grandes boutiques. D’aucuns nous ont appris que certaines boutiques n’ouvrent leurs portes qu’exclusivement pour les clients des croisières. Nous sommes allés le vérifier sur place et avons découvert que, effectivement, l’une des grandes boutiques  était fermée. Pour enfoncer le clou, nous sommes allés discuter avec l’un des directeurs d’un grand magasin « accusé » par ce système d’oligopole. Contrairement à ce que nous pensions trouver, la boutique était vide de clients et les problèmes dont le jeune-homme (qui a préféré rester anonyme) nous a fait part ne différaient en rien de ceux de ses confrères. Quoiqu’il reconnaisse le recours au système de commissions, ce denier nous a expliqués que ce système est employé partout dans le monde et qu’il ne cause pas de préjudice au reste des boutiques qui sont, de par leur emplacement et leur proximité de la mosquée Zitouna, plus favorisées à recevoir les touristes venant en dehors du cadre des croisières.

La problématique du tourisme dans la Médina s’est avérée donc labyrinthique. Plusieurs facteurs s’y croisent et y  interagissent de manière à éliminer toute possibilité de dénouement dans le futur proche. Le manque de vigilance des autorités dans la sauvegarde du patrimoine et le contrôle de l’application de la loi, l’attitude de la population locale, les aléas du secteur de l’artisanat et les conflits entre commerçants et l’absence de circuits bien balisés constituent les principales menaces à la survie du tourisme dans la Médina. Face à cette avalanche de problèmes, au fléau de la dégradation de la situation environnementale et au spectre hideux de l’abandon, le degré d’implication de certaines associations civiles dans ce problème atténue, un tant soit peu, son acuité. Reste à savoir si cette  communauté va pouvoir mener sa lutte à son terme avec le peu de moyens et de soutien dont elle bénéficie.

Fédia Abid

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