Laurent Abitbol, président des T.O Voyamar/Aérosun : « On doit acheter la peur du Français par le prix » Reviewed by Momizat on . Entretien à  bâtons rompus avec l'un des acteurs majeurs du tourisme français vers la Tunisie qui réalise 220.000 sièges annuels sur la destination dont 85.000 Entretien à  bâtons rompus avec l'un des acteurs majeurs du tourisme français vers la Tunisie qui réalise 220.000 sièges annuels sur la destination dont 85.000 Rating: 0
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Laurent Abitbol, président des T.O Voyamar/Aérosun : « On doit acheter la peur du Français par le prix »

Entretien à  bâtons rompus avec l’un des acteurs majeurs du tourisme français vers la Tunisie qui réalise 220.000 sièges annuels sur la destination dont 85.000 forfaits pour le compte de ses propres marques.

Comment analysez-vous la situation de la Tunisie touristique dans le nouveau contexte de l’après Révolution ?

D’abord, économiquement, pour nous c’est très mauvais. Il faut cependant oublier ce côté un peu personnel et voir le côté démocratie qui est très bon pour vous. Cela s’est fait en douceur et sans trop de dégâts et ça s’est vite fini, même s’il y a eu des morts, mais c’est le prix de la démocratie.

Cette perception est-elle celle du professionnel du tourisme que vous êtes où celle de vos clients ?

Non. Les clients ont eu tellement d’images en boucle durant 15 jours par les télévisions françaises que maintenant, il faut enlever ces images et c’est le plus dur. Maintenant, seul l’Etat tunisien peut le faire. Aucun T.O ne peut reprendre à  fond si l’Etat tunisien ne donne pas l’élan, c’est-à -dire une campagne de publicité qui doit sortir à  partir de fin février. La campagne, ça ne doit pas être sur la « Tunisie Amie », mais communiquer sur les vacances, sur la plage, sur « la Tunisie c’est pas cher », sur « la bonne bouffe ». Cela ne sert à  rien de faire de la politique. Il ne faut pas parler de « Tunisie, liberté », il faut oublier cela. La politique, il faut en parler autrement dans les journaux. Le Français moyen, il s’en fout de tout cela. Il veut un séjour pour 4 personnes en all inclusive, 2000 euros avec les enfants avec la plage.

Avez-vous besoin de publicité grand-public ou plutôt de soutien à  l’aérien ?

De la publicité grand public, c’est primordial pour faire revenir les gens sur la Tunisie. Aujourd’hui, nous avons peu de réservations -10 dossiers par jour- alors que d’habitude, nous avons 200 à  250 dossiers par jour. On a besoin aussi que le ministre du Tourisme bouge partout en France, se déplace, il ne faut pas rester au bureau. Il ne faut pas qu’il parle de la beauté de la Tunisie mais de vacances, uniquement dans un esprit commercial. Il faudra une campagne de prix agressifs pour acheter la peur des Français et c’est ce qui se passe en Egypte à  chaque fois. Nous avons négocié avec nos hôteliers des prix pour avril, mai et juin.

Pourtant, les hôteliers tunisiens estiment que les prix sont suffisamment bas. Si aujourd’hui, les tour-opérateurs vont encore faire pression sur eux, cela va se répercuter sur la qualité.

Nous n’avons pas fait pression. Nous n’avons rien demandé, ce sont eux qui sont venus nous voir pour relancer. Nous, nous n’osons pas demander. Actuellement, il n’y a rien et les hôtels sont vides. Nous avons besoin de relancer par les prix, il n’y a pas le choix. Ce n’est pas contre la Tunisie, c’est que le Français, on achète sa peur. Aujourd’hui, il hésite, donc pendant trois mois, c’est le prix qui le fera réagir.

Pensez-vous que la saison été pourrait être sauvée ou est-il trop tôt pour en parler ?

C’est trop tôt pour en parler. Si cela reprend dans 15 jours-3 semaines, c’est bon. Si ça ne reprend qu’aux mois d’avril, mai et juin, il n’y aura que juillet et août qui seront bons. La Tunisie n’est pas remplaçable sur le marché français, ni en tarif, ni en capacité. Aucun pays ne peut faire le prix de la Tunisie et ce n’est pas honteux d’être industriels. Croyez-moi que certains pays aimeraient avoir les touristes français en Tunisie. Les hôteliers veulent rehausser mais nous, nous voulons de tout : nous vendons du 3 étoiles à  300 euros la semaine au 5 étoiles à  1200 euros la semaine et c’est le client qui choisit. L’avantage, c’est de diversifier, du pas cher au luxe. 80% de nos clients, c’est du 4 étoiles supérieur. En hiver, nous vendons des packages cheap parce qu’il ne fait pas beau et que les plages sont fermées. Il y a des pays, comme Héraklion, qui ferment l’hiver. La Tunisie ne ferme pas, donc nous vendons du pas cher. Il ne faut donc pas dramatiser avec ce problème d’image. L’image de la Tunisie n’est pas mauvaise, c’est la plus belle image. Et ce n’est pas honteux que quelqu’un qui n’a pas d’argent trouve un budget pour la Tunisie. Il ne faut pas tomber dans le piège du Maroc qui regrette parce qu’ils sont complets deux jours par semaine et le reste de la semaine, ils sont vides. Les Tunisiens sont réglo sur le tourisme, il n’y a pas de coups de folie, ce sont vraiment des professionnels. Nous n’avons jamais de litiges avec les hôtels tunisiens.

Vous qui travaillez sur la Tunisie et sur l’Egypte, si cela ne se calme pas, où allez-vous emmener vos clients ? Vers la Turquie ?

Non, la Turquie, c’est trois fois plus cher que la Tunisie. Si la Tunisie ne marche pas, nous allons faire une mauvaise année. Mais il faudra attendre la levée du couvre-feu pour que les T.O mettent toute leur armada et là , ça va repartir progressivement.

Propos recueillis par
Hédi HAMDI

 

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