Disparition de 1001 Soleils : Le management s’explique Reviewed by Momizat on . Le 23 juillet 2009, le tour-opĂ©rateur 1001 Soleils, opĂ©rant au dĂ©part du marchĂ© français, dĂ©posait son bilan. Rumeurs, sous-entendus, blessures morales
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Disparition de 1001 Soleils : Le management s’explique

Le 23 juillet 2009, le tour-opĂ©rateur 1001 Soleils, opĂ©rant au dĂ©part du marchĂ© français, dĂ©posait son bilan. Rumeurs, sous-entendus, blessures morales

Cette entreprise familiale crĂ©Ă©e il y a 10 ans à  Paris par des Tunisiens d’origine, Rafia Guenaoui, rejointe par son fils Sami, directeur commercial, puis trĂšs vite par sa fille Soraya, directrice marketing, a cessĂ© ses activitĂ©s «à  la fleur de l’Ăąge». Non sans difficultĂ©s, nous sommes allĂ©s à  la rencontre du management du voyagiste, sans a priori, sans prise de position, pour entendre leur version des faits et le pourquoi de l’affaire, pour tenter de comprendre comment un T.O, en apparence bien portant, opĂ©rant sur la Tunisie, le Maroc, l’Egypte, les Bahamas et Chypre, s’est effondrĂ© à  une telle vitesse.

Ce dĂ©pĂŽt de bilan en pleine saison estivale a soulevĂ© bien des interrogations. Qu’en est-il exactement ?
SAMI GUENAOUI : Les professionnels du tourisme, les mĂ©dias, ont largement mis en avant cet effondrement, gĂ©nĂ©ralement sans nous consulter. Il est important -et nous vous en remercions-, de nous offrir cette occasion d’expliquer le dĂ©roulement de cette affaire, en fait trĂšs simple et trĂšs claire.

Ma mĂšre à  l’origine a crĂ©Ă© sa propre agence de voyages qu’elle a fait Ă©voluer il y a une dizaine d’annĂ©es vers la crĂ©ation d’un tour-opĂ©rateur. Le groupe Accor a fait appel à  nos compĂ©tences marketing en 2002 afin d’optimiser le remplissage des hĂŽtels Coralia en Tunisie. Nous avons relevĂ© le dĂ©fi, beaucoup investi et rĂ©ussi ce challenge qui nous a permis d’ĂȘtre particuliĂšrement bien positionnĂ©s dans notre pays. Par la suite, Accor a fait de nouveau appel à  nous pour s’imposer sur le marchĂ© touristique Ă©gyptien. AprĂšs bien des investigations, mon choix s’est portĂ© sur la station de Taba, alors touristiquement peu dĂ©veloppĂ©e, et à  mon avis porteuse d’un potentiel trĂšs intĂ©ressant, ce qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© juste par la suite.

Jusqu’alors, nous n’existions qu’à  travers Internet et uniquement sur la Tunisie. Notre partenariat avec Accor s’est tout naturellement dĂ©veloppĂ©. Nous avons progressivement ouvert d’autres destinations de luxe, avec les coĂ»ts financiers que cela implique. Marrakech, par exemple, fonctionne toute l’annĂ©e. Ce type de destination nous apporte un fonds de roulement constant et à  Accor, la commercialisation de leurs hĂŽtels. Nous avons bĂ©nĂ©ficiĂ© Ă©galement du soutien important de nos fournisseurs.

Comment passe t-on d’une situation professionnellement enviable à  cette liquidation toute rĂ©cente de 1001 Soleils ?
SORAYA GUENAOUI : Avant cette difficile annĂ©e 2008, nous avions dĂ©jà  avec Accor un Ă©chĂ©ancier sur lequel nous avions Ă©tĂ© contraints de revenir. De là , la situation s’est envenimĂ©e.

Revenons à  cette crĂ©ance. Elle reprĂ©sente un en cours sur des hĂŽtels en souffrance, comme l’explique Sami, sur lesquels nous avons pris des engagements, rencontrĂ© beaucoup de soucis commerciaux, pris des risques, engagĂ© des frais, relancĂ© l’activitĂ©. D’un commun accord, cet en cours a Ă©tĂ© Ă©tabli. Les effets de la crise, la frilositĂ© des banques, ne nous permettaient pas de le rĂ©gler en une seule fois, d’oĂč la nĂ©cessitĂ© de s’accorder sur un Ă©chĂ©ancier.

Il s’en est suivi bien des discussions et des propositions de nouveaux Ă©chĂ©anciers restĂ©es sans rĂ©ponse et finalement des procĂ©dures juridiques inĂ©vitables. Il s’est produit un effet « boule de neige » auprĂšs de nos partenaires qui, bien sĂ»r, ont financiĂšrement pĂąti de cette dĂ©cision.

Doit-on en déduire que le groupe Accor est responsable de la disparition de 1001 Soleils ?
SORAYA G. : On ne peut pas s’exprimer ainsi. Il y a eu un ensemble d’Ă©lĂ©ments qui ont contribuĂ© à  cet effondrement. Le groupe Accor, avec la demande d’une saisie conservatoire faite le 10 avril 2009 à  hauteur du montant de la dette due (peu Ă©levĂ©e vu l’importance du groupe) et qu’il n’a jamais Ă©tĂ© question de ne pas honorer, a sans aucun doute jouĂ© un rĂŽle primordial. Les rapports de partenariat trĂšs cordiaux que nous entretenions nous ont laissĂ© penser à  une solution positive ; nous nous sommes battus, conscients malgrĂ© tout que sans ce soutien, l’issue Ă©tait fatale. Les Ă©vĂ©nements et procĂ©dures juridiques se sont succĂ©dĂ© à  toute allure puisque la liquidation a Ă©tĂ© prononcĂ©e le 23 juillet.

SAMI G. : La saisie conservatoire thĂ©oriquement se fait uniquement auprĂšs des clients et là , elle a Ă©tĂ© faite certes auprĂšs de nos clients mais Ă©galement de nos fournisseurs et de nos banques, ce qui nous a mis dans une position trĂšs dĂ©licate. C’est cette maniĂšre de faire et non la saisie en elle-mĂȘme qui nous a causĂ© prĂ©judice. En fait, il y a eu à  un certain moment un manque de volontĂ© trĂšs nette de la part d’Accor. Le temps passant, nous avons obtenu une procĂ©dure de sauvegarde nous permettant pendant six mois d’ĂȘtre, d’une certaine façon, protĂ©gĂ©s par l’Etat au niveau de nos crĂ©ances et d’avoir ainsi le temps de remettre les caisses à  flot.

quel rĂŽle la presse a-t-elle jouĂ© dans l’affaire ?
SORAYA G. : Là , les journalistes ne nous ont pas aidés ; je parle de la presse en général et plus précisément de la presse professionnelle touristique. Nous avons été trÚs surpris et profondément blessés car nous avions établis de bons rapports ayant à  maintes reprises organisé des événements marquants. Plus simplement, on a déconseillé au lectorat du jour au lendemain de voyager avec 1001 Soleils. En si peu de temps, la rumeur a fait son travail et les commandes ont alors fondu. Ces six mois de protection devenaient peu à  peu inutiles.

Le Groupe à” Voyages comme le prĂ©cise la brochure distribuĂ©e lors du rĂ©cent Salon Top Resa à  Paris, est « une marque du tour-opĂ©rateur Thalasso N°1 ». 1001 Soleils avait-il intĂ©grĂ© ce groupe ?
SAMI G. : Comme chacun le sait au sein de notre profession, Thalasso N°1 a un lien familial avec 1001 Soleils, mais possĂšde des produits trĂšs distinctifs. Nous avons envisagĂ© d’intĂ©grer à” Voyages en septembre 2008, mais cela n’a jamais Ă©tĂ© effectif. Nous avons prĂ©fĂ©rĂ© conserver notre indĂ©pendance, pensant que cela nous ouvrirait davantage de portes de ne pas ĂȘtre fondus avec d’autres tours-opĂ©rateurs dans une seule et mĂȘme entitĂ©.

Peut-on parler de rĂšglement de compte ?
SORAYA G. : Ce qui nous fait trĂšs mal financiĂšrement et moralement, est que nous n’avons pour ainsi dire pas Ă©tĂ© soutenus. Nous avons Ă©tĂ© pendant une grande pĂ©riode de notre activitĂ© un partenaire privilĂ©giĂ© pour la Tunisie. Nous assurions plusieurs destinations, faisant notamment dĂ©couvrir la Tunisie aux Français de province avec des dĂ©parts de Lille ou du Havre, ce qui Ă©tait une premiĂšre. Nous faisions «du volume» comme on dit dans notre jargon et toujours entretenu des rapports cordiaux voire amicaux avec la plupart des intervenants.

DĂ©faut d’entente avec Accor et frilositĂ© accentuĂ©e des banques en cette pĂ©riode difficile ont Ă©tĂ© fatales.
Le chiffre d’affaire Ă©tait garanti, appelĂ© à  se stabiliser, à  Ă©voluer. Toutes les destinations pour lesquelles nous avions pris des risques Ă©taient dĂ©jà  bien assises et on attendait un retour sur investissement. Notre saison estivale 2009 Ă©tait dĂ©jà  quasiment vendue. Un peu de soutien nous aurait permis de passer un cap difficile. Je pense que la situation a profitĂ© à  beaucoup, notre position Ă©tant ouvertement dĂ©clarĂ©e. Effectivement, nous dĂ©rangions !

Avez-vous pu assainir la situation vis-à -vis de vos partenaires ?

SAMI G. : La procĂ©dure de sauvegarde, en l’espace de 3 mois, s’est transformĂ©e en liquidation. J’ai pris bien sĂ»r la prĂ©caution auparavant de me mettre en rapport avec l’APS (organisme qui assure les agences de voyages), de façon à  ce que nos clients soient reprotĂ©gĂ©s. Etre « liquidĂ© » au propre comme au figurĂ©, est difficile à  admettre mais au moins tenions-nous à  « mourir proprement » ! Vis-à -vis de nos partenaires nous avons toujours Ă©tĂ© trĂšs clairs et ce fut pour moi un souci d’honnĂȘtetĂ© quotidien. Par rapport aux vols, nous nous sommes maintenus financiĂšrement. En ce qui concerne les clients, nous avons retardĂ© les crĂ©ances, exceptĂ© pour les dĂ©parts Ă©chus.

A partir du moment oĂč nous avons dĂ©posĂ© le bilan, nous sommes cautionnĂ©s par l’APS qui nous a consultĂ© sur le choix des tour-opĂ©rateurs susceptibles d’offrir à  nos clients le mĂȘme produit que 1001 Soleils. Thalasso N°1 a rĂ©pondu favorablement pour la Tunisie à  leur proposition, Ă©tant donnĂ© qu’ils travaillent sur les mĂȘmes vols et les mĂȘmes horaires, tout comme d’autres l’ont fait pour Chypre ou l’Egypte. Le soutien est indĂ©niable, mais il y avait aussi globalement dans cette dĂ©marche des tour-opĂ©rateurs «repreneurs», forcĂ©ment un gain Ă©vident.

1001 Soleils a assurĂ© le dernier dĂ©part le 5 juillet et le dernier retour le 12 juillet. Nous aurions fĂȘtĂ© nos 10 ans d’existence en septembre !

Vous avez eu d’Ă©ventuels repreneurs ?
SAMI G. : Diverses propositions nous ont Ă©tĂ© faites, notamment par Lotfi Belhassine (Liberty TV, ndlr), mais il n’y a rien eu de concret. Avant la liquidation le 23 juillet, un mandataire Ă©tait chargĂ© de recevoir les propositions d’Ă©ventuels repreneurs ; à  l’heure d’aujourd’hui, il est trop tard.Le tort que j’ai eu a Ă©tĂ© sans doute d’ĂȘtre mal conseillĂ© et de ne pas avoir contestĂ© la dette ! Les tribunaux auraient certes rĂ©agi mais nous aurions sans doute eu le temps de trouver des partenaires ou tout simplement de vendre 1001 Soleils et ainsi de faire face à  nos crĂ©ances et de « rebondir » diffĂ©remment.

Qu’en est-il à  ce jour du tour-opĂ©rateur 1001 Soleils ?
SORAYA G. : Le licenciement de 42 personnes, le travail de toute une Ă©quipe a Ă©tĂ© anĂ©anti. Nous avons fait le nĂ©cessaire pour que le personnel de l’entreprise soit le mieux possible protĂ©gĂ©.
On s’est attaquĂ© à  l’image de 1001 Soleils et cela m’a personnellement blessĂ©. Notre honnĂȘtetĂ© a Ă©tĂ© bafouĂ©e tout comme le manque de respect vis-à -vis de ma mĂšre, pionniĂšre dans le tourisme.

SAMI G. : Aujourd’hui, 1001 Soleils n’existe plus, nos bureaux sont fermĂ©s. Le groupe Accor n’a pas rĂ©cupĂ©rĂ© sa crĂ©ance, il a juste « liquidĂ© » un tour-opĂ©rateur. Nous sommes des battants, nous irons de l’avant. Nous n’avons pas l’esprit de revanche.

Quel est votre sentiment aujourd’hui ? Comment rĂ©agissez-vous avec un peu de recul ?

SORAYA G. : Je suis nĂ©e dans ce milieu, ma famille s’est totalement investie, nous avons Ă©tĂ© prĂ©curseurs dans le domaine du tourisme et j’Ă©prouve une certaine amertume.
C’est un milieu oĂč la concurrence est rude et j’ai le sentiment dĂ©sagrĂ©able que nous dĂ©rangions. Nous prenions des risques en ouvrant de nouvelles destinations, avec des projets de crĂ©ation de nouveaux clubs 1001 Soleils. Notre dĂ©pĂŽt de bilan profite à  beaucoup. Malheureusement, il fait du tort à  certains, notamment aux partenaires hĂŽteliers tunisiens qui nous ont soutenus jusqu’au bout. Une sociĂ©tĂ© qui liquide en pleine saison laisse beaucoup d’hĂŽtels en souffrance. Je suis dĂ©solĂ©e pour eux et pour notre Ă©quipe. Le souvenir restera amer.

Comment voyez-vous l’avenir ?
SAMI G. : Nous recevons des propositions de collaboration et souhaitons offrir les acquis de notre travail auprĂšs d’hommes d’affaires ayant une vraie stratĂ©gie de dĂ©veloppement, dans le tourisme ou dans d’autres secteurs. L’homme a Ă©tĂ© Ă©branlĂ© mais sa passion est restĂ©e intacte, cette douloureuse expĂ©rience doit servir.

Propos recueillis à  Paris par
Monique CABRE

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