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A Paris, le tourisme tunisien souffle le chaud et le froid

A Paris, le tourisme tunisien souffle le chaud et le froid

Les professionnels du tourisme tunisien sont actuellement sur le pied de guerre. Du 18 au 21 septembre à  Paris, ils tentent de défendre ce qui devient de plus en plus indéfendable : la destination Tunisie et son tourisme. A l’occasion de l’IFTM (ex-Top Resa), le premier salon touristique professionnel français, les opérateurs tunisiens se sont retrouvés hier sur le stand édifié à  l’occasion par l’ONTT sur 154 m² dans la zone consacrée aux destinations de l’Europe et du bassin méditerranéen. Malgré ce déploiement d’efforts et la mobilisation constatée, « le coeur n’y est pas vraiment, mais personne ne baisse les bras » analyse le directeur commercial d’un hôtel à  Hammamet. Car à  Paris, l’actualité tuniso-tunisienne et les dernières péripéties survenues dans le pays ont eu un impact direct sur la bonne marche des affaires touristiques tuniso-françaises.

Alarmistes, plusieurs tours-opérateurs ont déjà  fait état d’une chute des ventes : »alors que nous faisions environ 200 dossiers par jour, nous sommes tombés depuis vendredi [date des incidents à  l’ambassade des Etats-Unis] à  une dizaine de réservations uniquement, presque comme au moment de votre révolution en janvier 2011″ nous a déclaré Laurent Abitbol, président-directeur général du T.O Voyamar. Mais tout le monde continue d’y croire et beaucoup pointent du doigt les médias français « qui n’ont pas été tendres dans le traitement des faits divers qui secouent la Tunisie et n’ont fait qu’enfoncer le clou » pour reprendre l’expression du directeur commercial d’une chaîne hôtelière.

Un hôtelier de Djerba pourtant ne cède pas à  la panique et « refuse de jouer le jeu des T.O qui, selon lui, sont prompts à  vouloir démoraliser les troupes afin de faire encore pression sur les prix ». Mais il est cependant des signes qui ne trompent pas: la saison hiver s’annonce particulièrement rude au vu des annulations constatées et de la stagnation des réservations. « Nous avions des groupes très importants de clients du 3e âge prévus pour cet hiver, j’ai 15% d’annulations depuis ces 3 derniers jours et je risque d’en avoir encore dans les prochains jours » déplore le directeur marketing d’un hôtel à  Sousse. Toujours est-il que la demande en matière d’actions spéciales pour pousser à  la vente sont quasiment à  l’arrêt. Cette situation d’attentisme, propre au marché français, n’arrange les affaires de personne. Sur le stand tunisien, le ministre du Tourisme, Elyès Fakhfakh, et son staff (notamment le DG et le directeur Marketing de l’ONTT) reçoivent à  tour de bras les T.O français qui ne font que leur confirmer leurs craintes pour le tourisme tunisien à  cause de l’instabilité politique et des troubles sécuritaires qui ponctuent désormais le quotidien du pays.

Entre 2010 et 2011, la Tunisie avait déjà  perdu plus de 40% de ses touristes français, passant de 1,385 million à  807.000 entrées. L’été 2012 a permis de combler une partie de cet écart mais par rapport à  2010, l’année de référence, la tendance est demeurée encore largement négative durant les pics de haute saison, ce qui est d’autant plus inquiétant : -31,1% en juin, -23,5% en juillet et -13% en août. Avant que ne surviennent les incidents de l’ambassade US à  Tunis le 14 septembre, la tendance de l’arrière-saison par rapport à  2010 s’annonçait comme suit: -14,6% pour septembre et -19,3% pour octobre « grâce » à  un autre profil de clientèle, les célibataires, les couples sans enfants et les séniors. Une tendance qui risque cependant d’être encore révisée à  la baisse. Initialement et selon des perspectives établies par la représentation de l’ONTT à  Paris, l’objectif était de repasser une nouvelle fois la barre psychologique du million de touristes français en Tunisie en 2012. Mais le flou a finalement laissé la place au pessimisme.Dans les rangs des professionnels, la nouvelle affaire des caricatures du journal français Charlie Hebdo qui paraissent aujourd’hui font craindre une nouvelle poussée de fièvre et de nouveaux amalgames idéologiques dont le tourisme sera – comme d’habitude- la première victime collatérale. Ce qui fait dire à  un patron d’hôtel de Sousse: « à  chaque fois que l’on arrive à  soulever un pied, c’est l’autre qui s’enfonce ».

 Hédi HAMDI 
Envoyé spécial à  Paris

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